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Sam au pays des caribous

a travel blog by Sam


Trois semaines au Canada
La baie du Saint Laurent et le parc Algoquin à partir de Montréal chez Gwen et Tonio


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La loi des séries

Huntsville, Canada


Tout a commencé par une très mauvaise série pour se finir, heureusement, par une très bonne série, dans un tout autre genre...
C'est Nicole qui a entamé la mauvaise série avec son accent si subtilement british. Comme plusieurs fois déjà depuis le début de mon séjour, je me suis permis de lui demander un late check-out puisque je comptais reprendre la route pour le parc Algonquin depuis Ottawa vers 15h. Jusqu'ici, ça n'avait jamais posé le moindre problème car la saison touristique n'a pas encore vraiment commencé et le B&Bs affichent rarement complet. Pourtant cette fois, Nicole a le regret de ne pas pouvoir accéder à ma demande. C'est dit avec un sourire soigné comme un jardin anglais plein de roses qui piquent : ça ne prête pas à discussion, les folowing guests arrivent justement à 14h...
Qu'à cela ne tienne, je me contenterai juste de laisser mes bagages quelque part et de pouvoir accéder à internet depuis le salon victorien entre 12h et 15h (j'espère pouvoir catcher Anne sur Skype et écrire mon post du jour).
Le visage de Nicole se fige sur une expression qui exprime la parfaite compréhension de ma situation et la volonté profonde de trouver une solution à mon problème. Je quitte donc l'Auberge du Marché serein et j'y reviens à midi en ayant récupérer ma voiture au stationnement public pour la garer juste devant le 87 Guigues Ave (le stationnement n'y est autorisé que deux heures, mais je compte, en bon français, qu'une heure de rab ne fera pas grande différence).
Je m'installe dans le canapé de velours vert, comfy à souhait. Je passe par les toilettes, à côté de ma chambre, qui est toujours vide. Je branche mon ordinateur, je me connecte à internet, je surfe un peu en attendant Anne et j'établis la communication.
Pendant tout ce temps, Nicole me tourne autour comme une fouine dérangée par un intrus sur son territoire. Et puis finalement, à 14h30, elle est absolument désolée de devoir m'annoncer qu'elle avait oublié son rendez-vous chez le dentiste et que par conséquent, elle doit "quitter". Ce qui veut donc dire évidemment que moi aussi. Mais elle est tellement prévenante, qu'elle m'indique un café au coin de la rue où internet est en "free wireless illimited access".
Tandis qu'elle me fout dehors en fermant la porte derrière elle, avec des manières absolument irréprochables, j'hésite à lui faire remarquer que d'une part son mari est resté dans la maison et que d'autre part ses "guests de 14h" ne sont toujours pas là. Mais je préfère ne pas ouvrir le débat parce que j'ai peur de ne pas résister à l'envie de "débotoxer" son sourire figé à la cire.
Je me réfugie donc à l'Honest Lawyer (rien que ça, ça aurait dû m'inquiéter). L'oxy-moron est un troquet écolo-végétarien-équitable où le seul "carbonated beverage" available est l'Orangina, trop sucré à mon goût. Aussi je lui préfère une "organic lemonade", qu'ils ont dû faire infuser dans le sucre (non raffiné bien sûr) tellement elle est sweet.
Peu importe je suis là pour internet alors je me contente de prendre le ticket de ma lemonade imbuvable sur lequel sont inscrits mon login et mon password aléatoires.
Je travaille consciencieusement pendant une bonne heure (ce qui me met déjà en retard d'une demi-heure sur mon planning) pour vous écrire un post passionnant sur Ottawa. Mais au moment de sauvegarder, je me fais sauvagement déconnecter et je perds tout ce que j'ai écrit ! Le ILLIMITED free access est une publicité iniquement mensongère car les accounts ne restent valides qu'une heure. Mais bien sûr, ni Nicole, ni cette neuneu de serveuse n'auraient jugé bon de me prévenir... JE DETESTE DEFINITIVEMENT LES ANGLOS et les lawyers honnêtes, ça n'existe pas !
Je n'ai malheureusement ni le temps de faire un scandale, ni celui de rattraper le coup. Il faut que je me mette en route rapido si je veux arriver au Parc Algonquin avant la nuit.
En arrivant à ma belle voiture toute neuve, qui est garée là depuis 2h48mn, j'ai le plaisir de découvrir une amende. Une superbe "fine" anglophone sous mon essuie-glace, sortie tout droit de la machine, sans la moindre lettre manuscrite. A croire qu'ils m'ont repéré par satellite, ont imprimé le papillon et l'ont balancé sur mon pare-brise depuis un hélicoptère. A ce stade, mon humeur devient franchement délétère et ni Dépèche Mode, ni REM, ni U2 (qui me gueulent leurs pop songs anglophones dans les oreilles) n'arrivent à me dérider.
D'autant qu'au bout de 3h30 de route, je découvre avec horreur le Wolfden Bunkhouse. Soucieux de faire des économies, j'ai suivi les conseils du Lonely Planet qui recommandais chaudement cet hôtel de Backpackers à 40$/nuit. Sauf que l'endroit est glauquissime : des vieux chalets en bois, installés au bord de la Highway, sans eau ni électricité ni évidemment internet (toutes les commodités, sauf le réseau, sont dans la bâtisse centrale). Le détail qui m'achève, c'est que je suis le seul client et que même le personnel se barre le soir.
Pas question de rester là-dedans, je me suis suffisamment fait pourrir ma journée. Au diable l'avarice, j'ai l'intention d'inverser méchamment la vapeur !
15 mn de route plus tard, je trouve l'Algonquin Inn. 100$/nuit, mais pour ce prix, j'ai internet, une salle de bain privée, une terrasse sur le Oxtongue Lake et, cerise sur le sunday : un jacuzzi dans ma chambre.
DEAL ! Je mange une 1/2rib au barbecue et je passe une bonne partie de la nuit à réécrire mon post sur Ottawa.
C'est la première fois de ce voyage que je pose mes valises pour trois nuits d'affilée. C'est la fête et du coup, ce matin, je lézarde un peu au lit.
C'est une petite marte, jouant avec un papillon sur ma terrasse, qui m'arrache à ma couette. La mignonette n'est pas vraiment farouche, mais elle est tellement rapide que je peine à la prendre en photo (ou peut-être est-ce moi qui suis encore dans le colletard).
Je me douche pépère, puis je prends le temps de répondre à mes mails, en caleçon sur le bord du lac (vive le wifi !), avant d'aller voir les Ragged Falls.
J'ai vu plus impressionnant depuis que je suis ici, mais cette petite heure et demi de marche pour remonter la rivière Oxtongue commence à me faire oublier les péripéties de la veille.
Après quoi, je prends la direction du Canoe Lake où se trouve le Portage Store, un des deux Outfitters (comprenez organisateur d'excursion) à l'intérieur du parc. J'en profite pour manger un hamburger aux petits champignons frits, surprenamment bon pour un endroit de ce genre.
Etant seul, je me joins à un groupe de pagayeurs qui partent à 13h pour essayer de voir des Mooses (comprenez orignaux). Une famille française (les parents plus deux enfants) installée à Washington depuis un an et qui passe quelque jours au Canada avant de rentrer en France.
Au départ, j'essaie de squatter le canoe du guide, mais froggy-mumy préfère installer son fiston en sécurité avec le guide. Grand seigneur, je m'incline et je me retrouve à pagayer avec maman Myriam. En canoe, le choix du paddling-mate fait la différence entre une ballade pépère et une galère de misère. Or là, je suis tombé sur le gros lot. J'ai une vrai tête de vainqueur.
Myriam jacasse comme une pie jusqu'à ce que je lui fasse remarquer que les Mooses ne sont pas sourds. Elle passe alors en mode sourdine, mais ça ne fait pas taire ses enfants pour autant. Pas le choix donc, il faut que je pagaie en tête de l'expédition si je veux avoir une chance d'apercevoir un orignal avant qu'il nous entendent arriver. Et c'est là que je découvre la deuxième faiblesse de Myriam : elle est mono-task. Elle ne peut non seulement pas pagayer en parlant, mais apparemment elle ne peut pas non plus pagayer en regardant le paysage.
A force nous voir toujours en tête cependant, et de sentir la poussée qui vient de l'arrière à chaque coup de pagaie où je m'arrache les bras, elle finit quand même par se sentir mal à l'aise et se décide à faire usage du morceau de bois qui lui encombre les mains. Et déjà, je le regrette parce que, d'une part, elle n'a pas compris que tremper sa pagaie dans l'eau ne sert à rien si la vitesse de son geste ne dépasse pas celle du bateau par rapport à l'eau et que, d'autre part, le skill critique en canoe c'est la capacité à ramer droit et à ne pas gaspiller son énergie en slaloms erratiques. Or le coup de pagaie de Myriam, pour inutile qu'il soit en terme de propulsion, est très efficace en terme de changement de direction aléatoire. Si je ne fais pas attention, elle pourrait même réussir à nous foutre à la baille. Surtout quand le vent se lève et qu'elle se met à gigoter pour éviter de se faire éclabousser par les vagues. Elle ne peut évidemment pas ramer ET esquiver le clapot, mais au moins, pendant ce temps-là, j'arrive à contrôler notre canoe sans y laisser un bras à chaque fois.
Evidemment, on n'aperçoit pas le moindre orignal. Et honnêtement, j'en chie comme un vrai galérien. Mais je m'en fous : j'entretiens mon moral de Mohican en pensant à mon jacuzzi.
Dans cette excursion prévue pour 6 où nous n'étions que 5, on a dû se partager le coût de la personne manquante : 4/5 pour la froggy-family et 1/5 pour moi, mais j'aurais franchement rien dû payer en plus, voire leurs faire payer le transbahutage de leur empotée de mother. Sa seule contribution positive à la ballade fut de se faire attaquer par une mouette, ce qui m'a permis de prendre quelques belles photos.

Après ces quatre heures d'enfer, j'ai les bras et le dos en charpie, mais définitivement pas envie de finir ma journée là-dessus. Je n'attends donc pas l'arrivée des deux autres canoes qui sont encore loin derrière nous et j'abandonne Myriam sur le quai pour aller voir les Whiskey Rapids (1h30 de marche).
3km de voiture plus tard, je me lance dans le sentier, la fleur au fusil. Sauf qu'après 20mn de marche, les femelles moustiques attaquent et je découvre avec horreur que j'ai laissé ma bombe d'insect-écran dans la voiture. Mais je m'en fous, je suis un Mohican et le jacuzzi m'attend en rentrant. Ceci dit mon moral de brave ne protège pas des maquerelles vampires qui veulent à tout prix me sucer. En quelques secondes, je compte déjà au moins une dizaine de piqures. Si je ne veux pas finir boursoufflé et vidé de mon sang, il faut agir vite. Malgré la moiteur étouffante de l'orage qui menace, j'enfile donc ma polaire, je mets ma casquette, je fourre les mains dans mes poches et j'avance tête baissée. Jacuzzi, ô jacuzzi, pensè-je en transpirant comme un goret. Mais pas question de ralentir l'allure. Au moindre arrêt, les cruellas me font la fête. Je croise un dindon sauvage qui glougloute en se foutant de ma gueule, j'entends une grosse bête dans les fourrés qui profite de cette symbiose comportementale avec les moustiques pour me filer sous le nez. Je torche la randonnée en 45mn (ce qui est déjà trop) et j'hallucine d'ailleurs de ne même pas avoir remarqué les rapides. Ils ont sans doute été baptisés "Whiskey Rapids" parce que découverts sous l'emprise de l'alcool. je vous garantis qu'un homme sobre n'y verrait rien d'autre qu'une rivière au cours indolent enjambant trois galets aux formes douces.
Le temps de rentrer dans ma voiture, j'embarque avec moi 17 femelles en chaleur. Je le sais parce que je les compte en les écrasant une par une. Je mets la clim à fond et je fonce vers mon jacuzzi.
J'ai acheté de la bière, un sac de glace et des springles au corner-shop. J'installe mon lap-top et mon dock d'ipod face à moi. Je débouche ma budweiser, je la laisse tremper dans le seau à glace que je pose au coin de ma baignoire d'angle, et je me regarde un épisode de The Shield, le cul dans les bulles, en me disant qu'il fallait bien une bonne série télé pour finir cette série de merdes.

http://picasaweb.google.com/microsam/AlgonquinPark?authkey=Gv1sRgCIfWho6OxPjqpgE

permalink written by  Sam on June 17, 2009 from Huntsville, Canada
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Mooses on Mizzy Lake and Gramon's Shoot

Cobden, Canada


L'interpretative trail (traduisez sentier d'interprétation) du Mizzy Lake est une boucle de 11km (avec une option à 15) particulièrement intéressant pour l'observation de la faune. Les gardes forestiers du parc l'évalue à 6 heures de marche.
J'avais longuement hésité, la veille, à louer les services d'un guide spécialisé (photographe professionnel) pour réussir, enfin, à fixer les Mooses sur la pellicule. Mais le prix de cette affaire m'en a gentiment dissuadé : 160$ les 3h pour prendre en photo une bête brune qui ressemble vaguement à un croisement entre un cheval et une vache... Trop c'est trop.
J'ai donc décidé de me lancer seul, et à pieds, en quête du roi de la forêt canadienne. Initialement, j'étais d'ailleurs très motivé pour me lever avec le soleil, histoire d'accroître mes chances. Sauf que le réveil n'a pas sonné. Je dois être sous le coup d'une malédiction, un shaman montagnais m'a jeté un mauvais sort, ou alors c'est l'esprit du caribou qui me rejette. Toujours est-il, que je pars finalement à 10h avec l'affreux pressentiment (que ne compense guère mon surplus de repos) que je ne vais encore PAS voir le Moose.
Mizzy et Dizzy lakes sont deux lacs jumeaux transformés par le travail des castors. Imaginez une gadoue fangeuse parsemée d'arbres morts où croassent des centaines de crapauds et où flotte un épais brouillard de... moustiques ! Il y en a tellement que si j'ouvre la bouche, je fais le plein de protéines pour la journée. Heureusement, ce matin je me suis parfumé au DEET et je fends la nuée comme un souffle de napalm. La bombe ne quitte d'ailleurs pas la poche de mon treillis, toujours à portée de la main, parce qu'il faut dégainer très très très vite dès que l'action du cocktail chimique décline. En comptant 5ml de sang prélevé par moustique, il suffit de 5 à 6 mille insectes pour me vider de mon sang. Ca vous paraît énorme ? Pour info, les brochures du parc algonquin (très bien faîtes par ailleurs) évaluent la production d'un m² de lac à... 20 000 moustiques !!!! Et je vous épargne la surface totale productive dans le parc.
Bref, seul dans le bouâ, au milieu de cette horde de vampires, je dois rester prudent et m'asperger très régulièrement de mon cocktail insecticide.
Après deux bonnes heures de marche, j'approche du bien nommé Moose Lake... sur lequel je ne vois évidemment aucun herbivore brun en train de bouffer ces nénuphars. Seule consolation, la densité de moustiques au cm3 baisse suffisamment pour me laisser respirer, mais je commence à croire que je n'arriverai jamais à prendre en photo le grand élan d'amérique dans son milieu naturel. Pourtant, ils sont partout autour de moi.
Je vois leurs traces fraiches dans la boue, je suis la piste de crotin qu'ils laissent derrière eux, j'entends même parfois leur câle (un espèce de brame rauque) et je sens monté l'ivresse de la chasse, la tension de la traque. D'ailleurs, je suis tellement focalisé sur la ligne d'horizon des berges de lac à la recherche des grosses bêtes brunes que j'en oublie de regarder où je pose les pieds. Et je marche quasiment sur des serpents, des perdrix ou des tortues.
Je croise deux gardes forestiers qui sont justement là pour mener une étude sur les petites tortues du parc. Leur façon de les taguer est assez marrante (ils leurs peignent un n° sur la carapace), mais ce qui m'intéresse surtout c'est le tuyau qu'ils me refilent : il y une grosse femelle en train de brouter à une centaine de mètres sur le lac de droite.
Avançant à pas de loup, retenant mon souffle, je me faufile entre les sapins et je fixe sur les capteurs de mon reflex une micro-tâche brune ! Ca y est. La photo ne donnera rien parce qu'elle est trop loin, mais je l'ai fait !
En réalité, ce n'est que le début. Je croise un jeune mâle sur le lac suivant, à peine à plus de 50m de moi. Et 1h de marche plus tard, je tombe sur un couple en train de patauger à moins de 30m. Ils sont tellement cools que quand je m'approche en suivant leurs traces jusqu'à m'enfoncer de 15cm dans la vase, ils m'observent avec leurs grands airs supérieurs, mais ne se déplacent pas d'un mètre.
Du coup, je canarde comme un paparazzi devant une star endormie. Et au bout de deux cents photos, je me dis que j'ai mon compte pour la journée. J'éteins donc mon réflex dont les batteries marquent des signes de fatigue, je remets le cache sur l'objectif, je me passe la bandoulière autour du cou (au cas où je me casserai la gueule dans la vase) avant de faire demi-tour.
Et c'est là, alors que je suis en déséquilibre, les mains prises et l'appareil photo impossible à dégainer, qu'un énorme mâle sort de l'orée de la forêt par le sentier que j'ai emprunté pour descendre. Il se tient à moins de trois mètres et il me défie du regard comme si il voulait me faire comprendre qu'ici c'est chez lui, que le roi c'est lui. Et puis, lentement, il se détourne et disparaît.
Je n'ai même pas essayé d'attraper mon reflex, mais je m'en fous, je sais que je suis réconcilié avec le Grand Esprit du Caribou.
Planant comme un brave qui a croisé son animal totem en fumant le calumet, je décide de me rallonger de 4km pour aller observer un nid d'ours. Ici, les baies sont moins abondantes que sur les rives du Saint-Laurent, les ours grimpent donc dans les frênes pour en boulotter les fruits. Pour ce faire, ils s'installent sur une fourche solide de l'arbre et ils plient les branches plus fines pour choper leur pitance. Au passage, ils en cassent énormément qui s'accumulent sous eux à la manière d'un espèce de jeu de mikado qui évoque effectivement un nid d'oiseau. C'est assez impressionnant à voir mais il n'y a pas d'ours à l'entour.
Cette fois, la batterie de mon appareil photo est définitivement morte. Je reste cependant très zen parce qu'elle m'a laissé le temps de prendre les mooses en long, en large et en travers. Ca c'est mon état d'esprit avant de croiser la marte noire. Elle fait la taille d'un chat, avec un pelage noir de suie et deux petits yeux blancs. Elle est recroquevillée sur un tronc d'arbre mort et m'observe, aux aguets. Au bout d'une minute trente, il faut pourtant bien que je reprenne ma respiration et elle détale comme l'éclair. J'aurais pu faire une photo à pleurer...
Je marche depuis 5 heures, j'affiche 15km au compteur, et il est grand temps d'aller manger un hamburger !
Après quoi, je rentre tranquillement chez moi, je me fais couler un jacuzzi et je réfléchis à l'organisation de ma journée du lendemain.
La seule chose que je n'ai pas encore faîte pendant ce voyage, et dont je rêvais, c'est de descendre des rapides comme le dernier des mohicans avec son canoë. Or il se trouve qu'il y a un très gros site de rafting sur la rivière Ottawa, à peu près à mi chemin entre ici et Montréal.
C'est décidé ! Je pars d'ici à 6h demain matin, je fais les 215km qui me séparent de Foresters Falls et je suis à 8h30 au départ du High Venture Rafting Trip.
6h de folie dans les rapides et je repars à 16h au plus tard pour faire les 300 derniers kilomètres qui me ramèneront à Montréal.
Le timing est très serré. Tellement serré d'ailleurs que je n'ai pas le temps de m'arrêter pour prendre en photo les lacs du parc algonquin au lever du soleil (une féérie de lumière et de vapeur immanquable si vous y passer un jour. Il FAUT absolument faire l'effort de se lever avec le soleil au moins une fois !).
J'arrive avec une demi-heure de retard sur le site de Owl Rafting, l'outfitters company qui organise mon excursion, mais heureusement, j'avais réservé et ils m'ont attendu.
Il fait 25°C, l'eau est à 15°c, mais je choisis quand même l'option combinaison intégrale (et au bout de six heures dans la flotte je ne le regretterai pas bien que la première demi-heure, je rôtisse comme un poisson en papillote).
Je suis à bord d'un long boat (bateau de 16 places où le stiring man dispose de deux longues rames sur cales pour contrôler l'embarcation) par opposition aux sport boat (huit places et juste une pagaie pour le stiring man). Les seconds peuvent passer dans des rapides plus étroits et surfer plus facilement sur les vagues, mais ils sont aussi beaucoup moins stables. Deux des sports boats qui font partie du convoi se retournent en cours de la descente.

Hors de question, évidemment, d'emmener un appareil photo, je ne peux donc pas vous illustrer la taille de la rivière Ottawa plus large que la loire et sans doute bien plus profonde), la puissance de ces rapides et de ces mini-chutes (tous les deux cents mètres la rivière tombe de 2,3,5 ou 10m) et la beauté de ces paysages (naviguer en eaux vives entre ces dizaines d'iles n'a rien à voir avec ce que j'ai vu sur les lacs).
Les rapides sont répertoriés, cartographiés et codifiés en fonction de leur difficulté et du niveau d'eau. Le plus violent qu'on ait descendu était de niveaux 5 sur une échelle de 7. Il s'appelait Gramon's Shoot. Et les sports boats sont passés par un level 6 baptisé Elevator Shaft. Les noms des rapides parlent d'eux-mêmes. On a descendu le Iron Chains, le Death Row, puis le Dragon's Tongue avant d'arriver au Gramon's Shoot, de continuer sur le Lord ! No Name et de finir avec le Blind Mascarade.
Après le Dragon's Tongue, on a fait une étape pour faire de la nage en eau vive. Casque sur la tête, gilet de sauvetage bien calé et combinaison bien fermé, on se laisse glisser sur le dos, les pieds en avant dans certains rapides où le niveau d'eau est suffisamment élevé.
C'est génial, mais épuisant parce que dès que le rapide est passé, il faut nager comme un dératé vers la berge pour ne pas se faire emporter par le courant dans le rapide suivant. Et personne n'a envie de descendre le Gramon's Shoot en nageant !
Comme j'aime vraiment ça, je me fais trois fois la nage en eau libre, la quatrième étant suicidaire compte tenu de ce que les trois premières ont pompé dans les réserves d'énergie...
Une fois enquillés nos six rapides, un bateau nous attend pour rejoindre
tranquillement le site de Owl Rafting. Les barbecues sont installés sur le pont, nos affaires sèches ont été ramenées là et on passe les trois-quarts d'heure de traversée à admirer le paysage en bouffant des saucisses grillées au soleil. Le bonheur.
Après l'accostage cependant, je ne m'attarde que le temps de prendre ue bonne douche parce qu'il me reste trois bonnes heures de route pour rejoindre Montréal et que je me sens pas mal fatigué quand même.
J'y suis arrivé sain et sauf. J'écris ce post depuis l'appart de Gwen et Antoine, sachant que le prochain (post) sera sûrement écrit de Paris pour vous confirmer qu'Air France a bien changé tous ses capteurs de vitesse et que je ne me suis pas crashé dans l'Atlantique

http://picasaweb.google.com/microsam/MizzyLake?authkey=Gv1sRgCKuY-vK5x8nFigE#


permalink written by  Sam on June 20, 2009 from Cobden, Canada
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I'm back Tabarn...

Roissy-en-Brie, France


Me voilà de retour dans un Paris tout gris, mais toutes les bonnes choses ont une fin et ce voyage restera comme une aventure exceptionnelle.
Ce n'étaient pas des vacances, j'étais écrivain en vadrouille. Je ne dépensais pas mon argent comme un touriste, je l'investissais dans une entreprise personnelle. Un état d'esprit pas si facile à maintenir d'ailleurs. On marche en équilibre au bord d'un précipice de culpabilité quand le conditionnement martèle sans cesse combien il est déraisonnable de dépenser ses économies en futilités alors qu' on n'a pas de revenus. Pourtant cette alchimie a bouleversé la façon dont j'ai vécu ce voyage. Elle a transformé le plomb en or comme si la vraie liberté n'était pas de ne plus avoir besoin de compter, mais bien de s'autoriser à dépenser chaque sous comme le dernier. De vivre dans la valeur de l'instant, plutôt que dans la peur de l'avenir.
Je rentre avec des valises pleines d'expériences inoubliables et de vraies rencontres. Je me suis frotté à la nature sauvage du Canada, ses forêts, ses falaises, ses lacs et ses cascades. J'ai rencontré l'ours, le loup et l'orignal dans leur milieu naturel. J'ai découvert la simplicité chaleureuse des Québécois et leur attachement viscéral à cet environnement. Autant d'inspiration brute que je mets en conserve pour plus tard.
Mais ce n'était qu'une des composantes de cette expérience. car je n'ai pas fini de maturer la richesse des échanges qu'on a eus, à chacun de mes passages à Montréal, avec Antoine et Gwen. Sans eux, tout ça n'aurait sans doute pas eu lieu (parce qu'ils en ont été le prétexte) et n'aurait de toutes façons pas pu se faire dans ces conditions.
J'ai d'ailleurs un peu honte d'être arrivé juste avec deux bouteilles de champagne qu'on a fini par siroter ensemble et de repartir avec un T-shirt (qui m'évitera de jurer le jour où les aliens débarquent) et un dream-catcher (qui pourrait me sauver la mise le jour où les zombies attaquent). Mais qu'à cela ne tienne, il en va des remerciements comme des blagues, les plus courts sont les plus réussis. Donc merci.
Quant à la dernière composante qui a rendu cette expérience si spéciale, c'est vous. Ecrire ce blog m'a singulièrement laissé profiter des saveurs de la solitude sans l'arrière-goût de l'isolement. Le simple fait de pouvoir partager mes journées au fil de la route remplissait le silence de ma retraite d'un millier de présences.
A de multiples égards, la fin de ce voyage est un autre départ...


permalink written by  Sam on June 22, 2009 from Roissy-en-Brie, France
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