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Pef & Cherryne Oz trip


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Trips:

Oz trip year one of two

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WOOFING ET POMMES

Pozieres, Australia


Une fois arrivés, la mégère de l’agence nous demande de suivre son vieux 4x4 jusqu’au marché ou notre prochain ‘employeur’ vend ses produits.
On suit donc le 4x4, on traverse la petite ville (Stanthorpe) et on tombe sur une route inondée, on fait demi-tour pour atteindre un pont un peu plus haut. Un voyant s’allume sur le tableau de bord : le niveau d’eau est faible, l’eau du système de refroidissement s’infiltre dans le moteur. C’est arrivé une fois, quand on l’a acheté à Sydney. Ca ne devrait pas arriver, on a fait réparer la culasse. Pourtant ça ne peut être que ça. Le voyant s’éteint et se rallume, comme il l’avait déjà fait.
Enfer et damnation !!!!!!
On arrive à ce qui en fait de marché est un stand unique dans le jardin des parents du gars, à l’écart de la ville mais proche d’une route, des voitures sont garées à côté du stand et des gens embarquent des caisses de polystyrène dans leurs coffres. La mégère de l’agence avait commandé une boite, elle l’embarque et se tire après un court échange avec nos nouveaux hôtes, je ne crois même pas qu’elle nous ait dit au revoir.

Il est 16h00 le 12 janvier, 10 jours seulement après avoir quitté la plage. On fait connaissance avec Ray et Sam, deux jeunes agriculteurs ayant choisis de produire et manger bio ainsi que de ne tirer la chasse qu’une fois tous les 36 du mois, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ils vendent leurs fruits et légumes deux fois par semaine, le mercredi c’est ici, chez les parents de Ray, ce sont des commandes passées par leurs clients sur internet, et un dimanche sur deux au Marché Bio de Brisbane, vrai marché cette fois ci.
Ils ont besoin de travailleurs, ils nous expliquent que chacun son tour on préparera à manger, on n’aura qu’à noter ce dont on a besoin sur un tableau. II y a déjà deux françaises chez eux, ce sont elles qui s’en occupent ce soir, le diner doit être prêt à 17 heures (QUOI ?!!!) parce que c’est l’heure à laquelle les enfants mangent (Charlie 1 an et demi et Eva 3 ans et demi).
-Le matin vous travaillerez de 5h00 à 9h00, avant qu’il fasse trop chaud, nous dit Ray avec son air bonhomme.
Sourires.
Ils semblent sympas, la douleur de devoir se lever aussi tôt pour ensuite n’avoir rien à foutre de la journée est inhibée par le fait que la voiture va encore nous coûter un bras alors qu’on a bientôt plus d’argent, sans parler de la semaine précédente pendant laquelle on se disait qu’on allait devenir résistants à n’importe quoi.
On patiente une demi-heure en gouttant une prune délicieuse et en parlant de choses et d’autres, dont notre expérience passée dans les fermes australiennes, et on n’oublie aucun détail, comme ça ils savent qu’on en a ras le cul de toutes ces conneries.
Sam doit rentrer plus tôt que le mari qui va finir d’accueillir les derniers clients avant de plier stand et de rentrer à son tour, donc on la suit en regardant ce foutu voyant nous narguer. On emprunte une petite route de sable qui a été défoncée par les intempéries.
On arrive à destination, leur maison est sur la droite, en face de l’autre côté de cette piste de sable se trouve une sorte d’atelier et plus loin en face, des caravanes. On y rencontre la mère de Sam venue s’occuper des enfants ce jour-là, et deux bordelaises de 20 ans venues en Australie comme tant d’autres pour apprendre l’anglais, mission impossible pour la plupart. Elles préparent un plat de pâtes et sauce aux aubergines. La maison est en tôle et en bois comme toutes les maisons de fermiers et on y entre par la cuisine, elle n’est pas très spacieuse mais de toute façon, on ne vivra pas avec eux parce que Sam nous emmène au rez de ce qui il n’y a encore pas très longtemps était un terrain de tennis, cadeau des parents pour leur anniversaire de mariage « alors qu’ils savent très bien qu’on ne joue pas au tennis » nous dit Sam.
Haha.
2 caravanes et un mobile-home, notre nouvelle maison. Les deux françaises utilisent évidemment déjà les deux meilleures caravanes. On met nos sacs dans la plus petite, on y tient pas debout, ça pue le renfermé, ça fait chier.
Retour à la maison, Ray est là, on entre et on tombe sur Sam, sein a l’air en train de nourrir son dernier, vision d’horreur, alors on joue avec Eva, ou plutôt elle joue avec nous en nous montrant tous ses foutus déguisements, on lui dit qu’elle a de la chance.
Au repas je demande à Ray s’il connait un bon mécano qui ne nous la fera pas à l’envers. Les deux françaises nous disent qu’elles dorment ensemble, elles ont peur, donc la caravane du milieu est libre et elle est un peu plus grande. Cool.
Sam nous dit qu’on doit s’inscrire sur le site de l’organisation du wwoofing, ça coûte $60 a l’année, c’est pour l’assurance.
-Pas de problème
(on a déjà une assurance, on ne payera jamais cette inscription)
Et puis les deux françaises décident de nous parler ouvertement, en français, de leur situation alors qu’on est tous en train de déguster la bière de Ray :
-Non mais franchement c’est de la merde ici (néanmoins un peu vrai, n’a-t-elle jamais entendu parler du langage corporel et du ton d’une phrase) Et regardez-moi cette petite conne d’Eva…. (En anglais) Eva, viens je vais t’aider à manger…non tu ne veux pas…(en français) petite conne, hehehehe.
On regarde nos assiettes en essayant de ne rien laisser transpirer et elle continue :
-Et puis franchement, nous ça fait une semaine qu’on est là et on est sensée faire la vaisselle à tour de rôle mais eux ne font rien, c’est trop pourri, j’espère pour vous que vous ne resterez pas longtemps. C’est dégueulasse ici.
-Moui, et vous vous allez faire quoi après ? Pour changer immédiatement de sujet avant que le malaise se sente sur nos visages.

Le lendemain on est levé à 4h30, petit-déj dans la cuisine avec Ray, la gueule dans le cul, mais toujours sympa. On cueille des fraises bios pendant deux heures. Les deux heures suivantes je les passe à défraichir les herbes hautes à la débroussailleuse autour du terrain de tennis, il y a une sorte de barbecue en brique sous les herbes. Cherryne trie des fraises.
Dans l’après-midi on va chez le mécano indiqué par Ray, il confirme que c’est la culasse ou au moins le joint et on lui laisse la voiture, il nous dit qu’on en aura pour $700 et une semaine de réparation. Une des françaises qui nous a suivi nous ramène à la ferme. Une semaine minimum sans pouvoir bouger d’ici. Oublions tout, serrons les dents et avalons notre salive.
Ray et Sam vont nous préparer le diner ce soir, dans le barbecue en briques, un de mes plats favoris, une cuisse d’agneau rôtie et des pommes de terre, de la bière faite maison (drôle de goût mais buvable) et du vin rouge. La table est une immense pierre de granit. Les enfants sont drôles, je parle à Ray de son style d’agriculture et de l’innéité ou l’éducation de la propension d’un garçon ou d’une fille à aimer soit les outils soit les robes roses (à cause d’Eva qui soulève sa robe de princesse pour nous montrer sa petite culotte quand elle en a une). Il me dit qu’il n’a jamais mis de GI joe dans les mains de son fils mais que son jouet préféré est une perceuse et qu’il n’a jamais fait en sorte que sa fille veuille s’habiller en princesse et pourtant elle est naturellement attirée par ces couleurs pastel horribles et ces tutus débiles. Il me dit que sa femme non plus ne l’éduque pas de manière à ce qu’elle soit attirée par tel ou tel objet, donc que ça doit bien être naturel et non culturel. J’argumente sur le fait qu’elle lise des histoires de princes charmants et que bannir la télévision ne suffit pas apparemment, puis il fait nuit et c’est l’heure de rentrer chez soi.
On se dit que dans notre malheur on a au moins la possibilité de ne plus rien dépenser pendant quelques temps chez des gens qui paraissent normaux.

Le lendemain, tête dans le cul, fraises à nouveau, un peu d’échalotes, le job n’est pas bien compliqué mais on se fait chier le reste du temps.
La plus petite des deux françaises nous demande tous les matins s’il a plu. On suppose qu’elle fait allusion à la rosée qui lui mouille les chaussures quand elle va chier avant de prendre son petit déjeuner.

Ah oui, les toilettes : à 10m des caravanes se trouve un petit bloc WC douche et lavabo. L’eau vient d’un étang utilisé pour irriguer les plantations mais aussi pour fournir la douche en eau brunie par le tanin. On se lave les dents avec, ce n’est pas dangereux nous disent-ils, c’est juste la couleur naturelle de l’eau. Mon œil, elle pue le moisi c’est immonde. Les toilettes sont sèches, on chie dans un seau et on y jette de la sciure de bois pour cacher nos étrons mais ça ne cache pas l’odeur ni n’empêche les mouches d’investir les lieux. On appelle ça vivre dans la merde. Le soir, des araignées grosses comme des balles de baseball tissent leurs toiles autours des caravanes.
On n’a plus de voiture…on ne dépense plus d’argent…on n’a pas le choix…ces gens sont sympas…on n’a pas le choix…pour l’instant 33 jours au compteur du renouvellement du visa, 55 jours encore à effectuer, aujourd’hui le 14 janvier 2011 on est en Australie depuis 4 mois qui semblent infiniment long. On serre les dents et on avale notre salive.

A midi le mécano m’appelle et m’annonce qu’il doit bien évidemment démonter la culasse, mais pour que la réparation soit complète, il doit remplacer 6 écrous a $50 l’unité. La facture sera donc de $1000.
-C’est toujours bon ?
- …Oui…ce n’est pas comme si on avait le choix. Go.


Le lendemain, 4h30, petit dej, tête dans le cul.
-Mais il a plu ou quoi !?
Plantations, fraises, herbes et courgettes et préparation du marché de Brisbane. L’eau s’en est retirée et il est possible de reprendre une activité normale par là-bas, malgré l’odeur.
On supporte les commentaires puériles de ces deux idiotes parce qu’on ne les écoute pas vraiment, elles sont jeunes.

Au diner Sam nous demande lequel des deux couples va accompagner Ray demain au marché pendant qu’elle reste ici avec les enfants. Le départ est à 1h00 du matin, ils sont en train d’acheter un van mais pour l’instant le voyage se fera à l’avant du pick-up truck, autrement dit, 3 heures de route avec au choix un genou coincé dans la bouche de ventilation ou le levier de vitesse coincé entre les fesses.
-On vient d’arriver, vous n’avez qu’à y aller cette semaine et on ira dans 15 jours, lançons nous a l’adresse des deux françaises.

Le lendemain, grasse mat’, il est 7h30 quand on émerge. La journée promet d’être longue mais au moins les deux petites connes sont parties pour la journée. Dans la maison, Sam a déjà le sein à l’air. Elle nous avait parlé de lampes solaires qu’on pourrait utiliser pour arranger un peu notre aire de vie alors je les lui demande en détournant le regard maladroitement. On passe donc la journée à laver et embellir notre nouvelle maison, ça fait passer le temps. Vers 16h00 les marchants reviennent et on va bientôt passer à table. On est de corvée.

Lundi, 4h30, tête dans le cul dans la cuisine.
-Mais il a plu ou quoi !
Fraises et échalotes, un peu de courgettes.
Ray nous emmène dans la foret qui entoure ses petites plantations, on arrive au bord d’une rivière qui coule en pente sur des rochers de granite, un toboggan naturel. Il plonge dans l’eau, on le regarde mais on n’a pas très envie de se mouiller pour l’instant même si la couleur de l’eau rappelle celle de la douche et qu’il fait chaud. On est encore en habits de travail.
-il n’y a pas de serpents ou autres rampants indésirables qui règnent sur ces rochers chauds et cette eau sale ?
-Je ne garantis rien, c’est l’Australie ! répond-il avec un sourire entendu et ruisselant.
-OK , écoute on se baignera plus tard alors, tu comprends, j’ai pas de serviette…tout ça….
Sur le chemin du retour on joue avec une fourmi taureau, grosse comme ton petit doigt de pied, noire ou rouge, des mandibules jaunes gigantesques, quand on s’approche, elle se retourne sur nous et nous suit du regard en se dressant sur ses pattes arrières, quand je prends une brindille et que je la titille elle attaque la brindille sans peur des représailles que ça pourrait engendrer. Je décide de changer de jeu et de soulever des pierres. Je savais bien que j’allais y trouver d’autres bêtes bizarres pourtant quand une salamandre se dévoile sous la deuxième pierre que je trouve, je pousse le bruit court et strident de la peureuse et je relâche la pierre en reculant. Fracas. Je viens de buter une salamandre. Je dis une prière et il est l’heure de rentrer.
L’après-midi, Sue de l’agence appelle à la maison et demande à nous parler. Elle nous propose d’aller emballer des oignons à St Georges à quelques centaines de kilomètres plus loin dans les terres, « il y a du travail pour un mois ».
-Oui le problème Sue c’est que notre voiture est en panne et elle est encore au garage, elle sera prête dans deux jours, est ce que c’est compatible ?
-Ah oui pas de chance…passe-moi les deux françaises je vais leur proposer, ça commence demain, je te rappelle après mercredi si j’ai quelque chose.

Décidément. Le timing des évènements n’est pas avec nous. On avale notre salive.

Le lendemain on se tape les fraises tout seuls et c’est tout de suite un peu plus dur, il n’y a que 4 rangs pas très longs mais on a le dos courbé. Les deux filles déguerpissent dans la matinée, bon débarras. Quelques tomates, quelques courgettes. Puis on passe à un job assis sur une chaise, on trie les fraises et on en mange un bon paquet. Et puis on lave les légumes dans une baignoire surélevée, puis on met tout ça dans des frigos. Et on fait à manger puis on fait la vaisselle qu’on a déjà fait pour le petit dej de 5h00, celui de 10h00 et au repas de midi. En fait on se la tape à longueur de journée, les deux petites connes avaient raisons au fond. On trouve nos hôtes sympas après tout, mais entre Sam qui ne perd pas une occasion de sortir ses nichons et l’exploitation « vaisselière » dont on fait l’objet, on se dit qu’on est encore tombé chez des fous.
La bonne nouvelle c’est que ce soir on investit le mobile home, beaucoup plus spacieux. Un vrai petit studio avec son bureau et son canap’ de fortune, la lumière n’est plus un néon mais une lampe de chevet sans abat-jour. On en fabriquera un nous-même avec un vieux magasine et du scotch. On respire.

Le lendemain, 4h30, tête dans le cul. Fraises, tri, lavage, courgettes, échalotes, basilic, thym, pommes de terre…Petit déjeuner. Ray est un peu éteint aujourd’hui, on le sent las. A midi on remarque que la relation entre lui et sa femme semble s’être détériorée dans la nuit, du coup l’ambiance générale est froide et tendue malgré les efforts de Sam pour nous parler avec le sourire, on sent bien qu’elle se force. On se demande s’ils ont une dent contre nous ou si c’est simplement une querelle interne. Evidemment on fait la vaisselle.
Le soir au repas j’enfonce le couteau dans la plaie en leur disant que c’est admirable de pouvoir vivre comme ça, avec des gens chez soi, de ne plus avoir d’intimité….
-Perso, j’pourrais pas le faire.
-Oui on apprend à l’accepter, on n’a pas vraiment le choix. Et puis pour les enfants c’est une très bonne expérience, ils apprennent à s’attacher et à dire au revoir.
-Oui oui c’est vrai…c’est bien.
-Au fait quand vous aurez le temps vous pourrez vous inscrire sur le site pour l’assurance ?
-Oui bien sûr, on va y penser.
-Merci, Bonne nuit.
-Ah oui et au fait Sue a appelé. Il y a apparemment un boulot d’empaqueteur de pommes qui commencera la semaine suivante, nous dit Ray.
-OK….on doit la rappeler ? (Tu comptais nous dire ça quand putain !)
-Non elle rappellera demain, ou vous la rappellerez demain.
-Mouais…Bonne nuit

Le lendemain 4h30, même routine. L’ambiance dans la maison ne s’est pas améliorée. On commence vraiment à se sentir en trop ici, pourtant quand la vaisselle est à faire, soudainement, il n’y a plus personne donc ils doivent être bien contents de nous avoir. Salopards, qu’est-il en train de se passer encore ?

Dans l’après-midi on rappelle l’agence et Sue nous dit qu’un travail nous attend pour le début de la semaine suivante et qu’il y’a même des maisons à louer chez l’employeur. Chez Ron Phillips. « Un très bon gars » que connait bien Ray :
-C’est à 10 minutes d’ici en voiture, nous dit-il.
OK. Plus qu’à attendre de récupérer cette damnée voiture et on peut se casser.
Merci Sue

Sam hante sa propre maison comme un fantôme, on range même les jouets des gosses après la vaisselle, pour ne pas se casser la gueule dessus, après tout on utilise leur wifi tous les après-midi (On capte beaucoup trop mal dans notre mobile home alors on squatte leur maison). Le soir on est de corvée pour le repas : lasagnes. On met le tout dans le four et on se retire dans nos quartiers de servants.
Au moment où Ray s’approche de notre mobile home, je sors la tête et lui demande :
-Alors, le diner est prêt ?
-Oui, enfin non, enfin je ne sais…
-Oui oui on sait, les lasagnes devrait être cuites dans 5 minutes, c’est nous qui sommes de corvée aujourd’hui, c’est dans le four mec. Qu’est ce qui se passe ?
-Ouais, en fait on a un problème avec Eva, on doit l’emmener à l’hôpital, ses aphtes lui font hyper mal et elle a de la fièvre, donc servez-vous et ne nous attendez pas…
-Ah, oops, mince, flute, ben bon courage…

Il faut dire que même si on savait que Eva était un peu malade, qu’on voyait bien quelques croûtes sur le côté de sa bouche et qu’elle n’arrêtait pas de chouiner et qu’elle ne nous montrait plus ses déguisements foireux, les parents ne nous avaient jamais parlé de ses aphtes ni du fait qu’elle allait aussi mal. On se dit du coup que l’ambiance était pourrie à cause de ça. Ils auraient pu nous informer merde, on habite ici aussi après tout, et on fait la vaisselle plus que de raison. Du coup on se sert du vin avec nos lasagnes et on joue au poker.
Quand ils reviennent de l’hôpital, ils nous disent que demain en fin de journée un anglais, un autre backpacker ayant accepté de venir dans l’enfer de la vaisselle, viendra nous rejoindre. Cool. Mais on appréhende maintenant toute nouvelle rencontre avec un peu de mauvais esprit. Sur qui allons-nous tomber ? Au moins il ne pourra pas parler en français devant Ray et Sam, mais ce sera sûrement un hippie comme tant de backpackers…

Le lendemain 5h00, tête dans le cul magistrale de Ray, normale chez nous, fraises, thym, patates, courgettes, basilic, échalotes, tomates…
Tous les quatre et Charlie qui court avec un tournevis dans la main, nous devons laver tous les fruits et légumes ramassés et les mettre dans ces boîtes en polystyrène en fonction des commandes imprimées pour leur ‘’marché’’. Quand on a fini, l’évier déborde de vaisselle et Sam qui nous a devancés, a déjà le sein à l’air. On a travaillé plus de 8h00 aujourd’hui sans même avoir entendu un « merci ». Non pas qu’on en ait vraiment besoin pour survivre mais même si leurs affaires vont mal et que leur fille a la bouche d’un fumeur de 75 ans, ce n’est pas une raison pour ne plus être gentil.
Alors on va se consoler en prenant une douche marron et puante.

Dans l’après-midi le téléphone sonne et c’est pour nous, c’est Ray le garagiste. Il nous demande de passer prendre la voiture qui est prête.
Notre Ray qui va chercher le backpacker anglais en ville nous dépose chez le garagiste.
Le mec nous explique qu’il a dû changer quelques bougies encrassées, qu’il a démonté la culasse et fait l’aplanissement, qu’il a dû changer les 6 écrous pour que la réparation tienne le coup, il nous dit que la pression est tellement grande qu’une fois les écrous enlevés, ils ne sont plus bons à rien…
En lui tendant une poignée de billets je repense à cette crapule de garagiste à Sydney qui évidemment a vu en nous les parfaits pigeons et qui a fait l’économie de ces écrous quand il l’a réparée et c’est cette même économie qui nous coûte aujourd’hui 1000 dollars.
Et ce garagiste à Grafton qui nous avait facturé des bougies neuves, les avait-il vraiment changées ?
Salopards…
Le reçu que le garagiste agite devant mes yeux m‘extirpe de mes pensées.
On ne le sait pas encore mais dans une semaine un des pistons qu’il a remis en place n’a pas tenu le coup et il nous redemandera 150 dollars pour ça. En espérant que ce sera la dernière fois cette année.

Une fois en dessous du seuil de pauvreté, on appelle Ron pour lui dire qu’on peut venir le voir.
On arrive devant sa maison mais il y a plusieurs bâtiments alors on tourne en rond, et un tout petit bonhomme de 75 ans sort d’une des maisons.
On s’arrête, il nous salue gentiment et commence à nous expliquer en quoi consistera le travail. OK. Je suppose qu’il nous fait déjà confiance. Il nous montre son « packing shed » fait de taule, de poutres métalliques et des tapis roulants bleu flashy. Puis il nous présente sa femme, Linda, avec ses dents de lapin, et son sourire un peu trop large. Ils nous montrent les 4 autres maisons, l’une d’entre elles est occupée par la mère de Linda et une autre par un type nommé Greg, qui loue ici depuis quelques années. Entre les maisons des rochers de granites émergent du sol fait de gazon bien entretenu, il y’a des cactus et des eucalyptus, c’est plutôt joli, même si les maisons ont l’air vieux et moche.
Et ils nous disent que si on veut louer une des deux autres maisons, c’est $140/sem. On monte une volée de marches jusqu’à une grande maison sur pilotis qui est généralement utilisée par ses travailleurs saisonniers, « mais il se pourrait que vous vous retrouviez a la partager » nous dit-il. Le frigo fait un bruit d’avion à réaction…
-Mais on a aussi cette maison en bas.
On redescend les marches pendant qu’il nous parle de la carrière de sa fille de 18 ans dans une agence immobilière en ville.
Il ouvre la porte d’une petite maison en béton sur 3 pièces et un living/cuisine de taille confortable. Ca sent un peu le renfermé et c’est un peu sale mais c’est récupérable et au moins on n’aura pas à la partager. De l’autre côté du mur de la chambre un petit studio qui sera occupé par une femme qui vient travailler seule pour la saison. Une semaine de location dans la seule auberge des environs vaut $190, mais il faut ajouter a ca l’essence pour aller au travail, les machines à laver payantes et la cuisine à partager avec une dizaine de hippies alors on a bien de la chance d’être tombé sur ce type qui nous loue une maison pas très chère et équipée. Notre patience a payé.
Marché conclu.
-On commence quand ?
-J’espère jeudi mais ça va être lent au début de toute façon. Je vous rappellerai.

On rentre chez les Palmers et on rencontre Aaron, le backpacker anglais. Il a une barbe de 5 semaines, l’air jovial et une valise à roulette rose qui évidemment ne tient pas la route sur le sol de sable.
Le premier truc qu’il nous dit dans son pur accent d’oxford saccadé c’est :
-Merde y’a pas de réseau ici ? Je vais aller voir plus loin si je capte. Damn it lol.
-T’es pas au bout de tes peines. Tu sais qu’on mange à 5h00 ici, aujourd’hui c’est Sam qui a préparé la bouffe. J’espère que t’aime faire la vaisselle ?

Il va chercher du réseau, sa démarche chaloupée rajoute à son accent. Il est gai comme un pinson. Au moins on aura quelqu’un avec qui se moquer des chiottes et de l’eau qui pue.

Le repas de 17h00 se passe relativement bien, mais on sent que le couple se force toujours, puis on rentre à nos caravanes. Aaron a apporté un cubis de vin blanc dégueulasse qu’il coupe à l’eau pétillante et nous en propose. On lui dit non merci.
On se rend compte qu’il est là comme nous pour renouveler son visa. Il habite à Brisbane avec son mec, un australien qu’il a rencontré au début de son séjour. Le seul moyen de rester avec lui pour l’instant c’est de finir les 88 jours d’enfer pour renouveler son visa. Il a vécu les mêmes galères que nous a Bundaberg d’où il est parti une semaine avant qu’on y arrive. Sa barbe n’est finalement pas une manifestation du hippisme, alors on s’entend bien et on passera notre temps à se moquer d’Eva qui ne se nourrit que de crème anglaise parce que ses parents ne lui refusent plus depuis maintenant 5 jours. On voit bien qu’elle fait la comédie devant eux. Elle peut manger solide maintenant, et elle passe aussi sa journée devant l’unique DVD qu’elle possède, une sorte de comédie musicale à faible budget, les chansons sont à vomir, on a presque envie d’arracher le cordon électrique de l’appareil au bout de la troisième lecture consécutive. Bref nos journées passent plus vite.

Le lendemain, 4h30, la tête dans le cul. Comme par hasard, il n’y a rien à faire, le tracteur de Ray est en panne, il devait préparer un champ pour planter des graines et puis finalement il nous demandera de mettre des pierres et du bois dans l’immense fossé qu’est devenue la route de sable après les récentes pluies. Apres 2 heures de dur labeur de castor, on ne voit aucune différence tant le fossé s’est élargi, alors on fume des clopes en se moquant encore de la petite famille.
Repas. L’ambiance ne s’est pas améliorée depuis qu’Aaron est là, au contraire personne ne parle. Sam continue de sortir ces nichons déprimés et continue de faire preuve d’une bipolarité bizarre.


Le dimanche on partira sur la route en vadrouille avec Aaron pour se changer les idées et tester la réparation faite sur la voiture.
Le soir, on se pavane devant nos caravanes. On est dimanche 23 janvier et dans la journée Ron Phillips notre nouveau boss nous avait appelé, mais Ray a ‘oublié’ de nous en parler dès qu’on est rentré. Donc à 20h30 on se retrouve à appeler le mec, évidemment pas de réponse, ils doivent être au lit ces gentils entrepreneurs australiens, ce sont des fermiers après tout. On laisse un message. On retourne à notre caravane. On continue nos discussions et au loin on entend le téléphone sonner, alors Cherryne saisie une bouteille d’eau pour faire mine d’aller la remplir et voir si ce n’est pas Ron qui nous rappelle. Et c’était lui en effet, Ray fait une drôle de moue en lui tendant l’appareil. C’est sûr que ça doit être dur de perdre deux bons gars qui font la vaisselle 36 fois par jour.
On a rendez-vous le lendemain à 8h00.
C’était moins une. Est-ce qu’il serait venu nous dire qu’on bossait le lendemain ou pas ? Bonne question.

Lundi, grasse mat, 7h30 et premier jour d’empaquetage de pommes, moi je les empile sur des palettes et Cherryne les emballe avec 3 autres filles sur ces tapis roulant flashy. Ça n’a pas l’air dur. Ron nous dit que ce sera lent au début mais que ça va s’accélérer et qu’il y aura bientôt une grosse dizaine de travailleurs. OK.
Le syndicat des empaqueteurs de pommes s’est occupé de nous fixer un salaire minimum. Le travail reprend jeudi.
Les deux jours suivants on les passe chez les Palmers contre trois carottes, gentils comme on est on leur avait proposé de les aider pour leur marché de mercredi puisqu’on ne travaillera pas chez Ron et qu’on part un peu abruptement. Ça nous permet aussi de revoir Aaron avant qu’il regagne à son tour la vraie vie.
On emménagera définitivement chez Ron le mercredi 26 janvier.

C’est la fin de notre période de captivité chez les culs terreux.


permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on January 12, 2011 from Pozieres, Australia
from the travel blog: Oz trip year one of two
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Bloques par les flots

Allora, Australia


Apparemment le risque d’inondation est toujours élevé, on reprend la route qui nous amène à Stanthorpe en passant par Warwick. On passe d’abord par Allora à 10 minutes de Clifton. On traverse un pont dont les bords sont léchés par une rivière en crue. C’était moins une. On passe devant quelques maisons, la route fait un coude vers la gauche, on passe devant une station-service et c’est déjà la sortie de la bourgade et au loin en travers de la route maintenant droite sur des kilomètres, on aperçoit un signe jaune et rectangulaire, une voiture blanche fait demi-tour et encore plus loin on devine l’eau boueuse qui a débordé de la rivière et qui traverse la route.
On continue, pour en avoir le cœur net mais il y a peu d’espoir, la route est coupée. La dame de la station-service nous confirme l’horrible scenario, on ne peut pas continuer vers le sud, on est bloqué. Toowoomba était inondée il y’a trois jours alors peut-être que remonter vers le nord n’est pas une brillante idée non plus. On nous dit d’ « aller voir à la salle des fêtes, elle doit être ouverte pour les voyageurs en détresse ». On revient sur nos pas, 50m après la station-service on tourne à gauche et on s’enfonce dans une rue large, quelques maisons de part et d’autres, une piscine municipale sur la droite, un pub au croisement, une supérette en face et on tourne à droite, la rue principale, un autre pub, un bureau de poste, une maison de la presse. En face, la salle de fêtes. Un ranger entre deux âges et très sympathique nous accueille, il nous montre deux matelas qui trônent dans l’immense salle vide et fraiche, en face de nous une scène et des spots éteints, de lourds rideaux noirs ont peine à bouger malgré le vent frais qui s’engouffre par les portes grandes ouvertes, à gauche, une cuisine flambant neuve tout en inox ou trône une machine à café qu’il a mis en route et des biscuits offerts par les habitants charitables de cette ‘ville’ australienne.
-Il n’y a aucun moyen de continuer vers le sud aujourd’hui, votre meilleure option c’est de passer la nuit ici et d’espérer que la rivière redescende dans la nuit.
Et c’est à ce moment qu’il se remet à pleuvoir, comme pour nous prévenir de ne pas espérer pouvoir repartir vivant de ce trou paumé.
On décide de vérifier nous même qu’il n’y a aucune route qui contournerait les zones inondées. Aux quatre extrémités des rues qui forment le croisement de ce qu’il convient d’appeler Allora, ce n’est qu’eau boueuse et badauds émerveillés par cette crue qui stagne depuis quelques jours, ils ne donnent pas l’impression d’avoir peur, comme si ils étaient déjà habitués à cette nouvelle configuration.
Résignés, on observe les gens qui observent d’autres gens en train de pêcher des crevettes d’eau douces dans leurs jardins. L’appareil photo toujours dans une main, le volant dans l’autre on rebrousse chemin, peinés de voir qu’on ne partira en effet pas d’ici aujourd’hui. On se gare devant notre nouvelle maison d’un soir.
On se dirige vers la façade victorienne, le pub, qui lui ne fait pas hôtel. Sur la terrasse, les péquenots s’arrêtent de parler et nous regardent passer. Ils peuvent voir la salle des fêtes et notre voiture de là où ils sont assis, ils ont dû observer tout notre manège.
La porte est ouverte, on entre.
A la télé, des inondations. Comme si on n’avait pas assez de celle qui nous immobilise aujourd’hui.
Les gens accoudés au bar s’arrêtent de parler et nous regardent, seule la speakerine qui annonce que la pluie ne cesse pas de tomber ne semble pas nous avoir vu rentrer. De retour à la salle des fêtes on essaye de trouver le meilleur endroit pour dormir dans cette grande salle vide. Moi je voulais la scène, Cherryne préfère le bas, illogique de l’arachnophobe, je choisi de ne pas insister.
Le ranger fait un saut chez nous et nous souhaite de passer une bonne nuit et nous dit qu’il repassera demain matin vers 6h00.

Plus tard on retourne au bar pour diner. Steak frites absolument infecte.

On retourne à notre nouvelle maison, pas d’autres touristes inondés en vue, à part cette australienne esseulée qui repartira vers le nord tôt dans la soirée. On entend le claquement de la porte qui se ferme derrière nous alors qu’on retourne voir la crue qui inonde la rue quelques 50m en contrebas, derrière la salle des fêtes.
Avons-nous les clés de notre chambre d’hôtel ?
Non.
Merde.
On essaye la porte, mais pas de doute, on est bien enfermés dehors…
En face devant la poste, deux gars et leurs pick-up trucks discutent avec enthousiasme. On va les interrompre pour leur demander s’ils connaissent le gars de la mairie qui ouvre les portes dans cette ville. Ils ne le connaissent pas, c’est étonnant pour une si petite communauté mais un des gars vient nous aider en défonçant une des portes. Bon. Merci. Sourire. Au moins on n’aura pas à dormir dans la voiture ce soir mais la porte de la salle des fêtes ne ferme plus.


Au petit matin j’entends les pas du ranger qui vient voir si on n’a pas changé sa salle des fêtes en lieu d’orgie. Je le suis à l’oreille mais garde les yeux fermés et on dort encore pendant quelques heures avant d’émerger.
Au moment où on allait partir le ranger revient et nous dit que la route devrait être dégagée vers midi. On a rien d’autre à faire alors on se dit qu’on va aller attendre en face du signe jaune à la sortie de la ville.
O surprise le signe a disparu, la route est sale et truffée de nids de poules nouvellement formés mais elle est ouverte. Le cauchemar semble enfin fini.

Au passage on se dit que le système d’information des australiens n’est pas au point, il n’est que 10h30.
30 secondes après cette réflexion, on voit des voitures arrêtées au bord de la route, et un nouveau signe jaune et un 4x4 gyrophare orange allumé.
-Bordel de merde.
Il y’en a bien jusqu’à midi.
Alors on patiente, au milieu de nul part, comme par hasard il fait beau maintenant et il fait chaud sous le soleil, on parle à des fermiers et à des habitants d’Allora. L’un d’eux est le patron de la maison de la presse, il va livrer des journaux a Warwick et nous dit qu’il va déjeuner chez lui en attendant que la route ouvre, il nous propose de le joindre. On refuse gentiment en se disant que ça pourrait être un tueur en série. On me taxe une clope et je retourne dans la voiture pour lire. Le soleil commence à taper fort. Pas de juste milieu, ce serait trop facile et agréable.
Enfin midi et enfin la route est dégagée. Enfin on repart, au pas, avec le flot de voitures en direction de Warwick, 20 min au sud.
Arrivés à l’entrée de la ville, le pont est bloqué par des engins de génie civil et des gyrophares oranges. Ce pont qui permet de continuer d’avancer, de rejoindre la civilisation et la restauration rapide. On le voit en contrebas, une file de voiture à l’arrêt nous interdit de continuer. On n’a toujours pas mangé à part quelques gâteaux apéritifs arrosés à l’eau tiède et on doit à nouveau attendre que la route soit dégagée. Pas d’information, juste des rumeurs qui parcourent la longue file d’attente. On garde patience, on observe des gens qui observent d’autres gens.
Je me dirige à pieds pour me rendre compte de la situation par moi-même, et au retour, quelqu’un me demande si on peut traverser…Surement une blague pour une caméra cachée, ou juste le gagnant du top 50 des remarques les plus inutiles sortant de la bouche d’un australien.
-Oui oui allez-y, on attend le déluge.

Et le pont est enfin dégagé, après 3 longues heures d’attente. Epuisés par une nuit dans une salle de concert sans backstage, par une journée d’attente, on atteint le Macdonald’s en suivant le cortège de voitures qui s’enfonce dans Warwick.
Sur l’écran géant au milieu du restaurant, alors qu’on attend notre commande, 15 sandwichs et 19 sundaes, on voit des images de Brisbane ensoleillée, 200km au nord-est, sous 2 m d’eau. Des quartiers entiers ravagés par les flots. Le nombre en bas à gauche de l’écran n’a pas changé cela dit, la perte ne sera que matérielle cette fois ci. Comme a Toowoomba il y a quelques jours. On rit nerveusement. On appelle l’agence pour lui dire qu’on sera là dans une demi-heure.


permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on January 11, 2011 from Allora, Australia
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Hell Hole

Clifton, Australia


Jeudi 6 janvier, en partant de Warwick, il pleuviote, on voit même un peu de ciel bleu, c’est encourageant. Ces journaux télévisés doivent être un mirage, ces inondations c’est de la connerie, jamais le nombre toujours croissant en bas à gauche de l’écran ne signifiait que des gens s’étaient noyés, jamais il n’y a eu de maisons emportées par les flots, jamais il n’y avait eu de sacs de sables à remplir, tout ça est une machination du gouvernement pour faire dépenser toutes leurs économies aux travailleurs/touristes en leur faisant croire qu’il y a du travail en Australie alors qu’en fait, tout ce qu’on y voit ce sont des pubs de campagne miteux avec leurs clients au mullet et chemise de travail fluo, un pick-up garé à l’entrée, des supermarchés ou le kilo de tomates qu’on a ramassé a Bundaberg coute $9 et des eucalyptus a perte de vue.
Pendant ce temps-là, les abeilles butinent les fleurs d’eucalyptus et en font du miel qu’on leur vole pour le vendre à un prix exorbitant dans ces mêmes supermarchés, alors il doit bien y avoir du travail pour nous chez cet apiculteur.
On va faire une orgie de gelée royale, on va sentir le sucre fermenté sur nos doigts bouffis par le sucre, on va côtoyer ces abeilles dans leur petites maisons alvéolées et artificielles. Mais au fond de moi je sais que tout ce que disait l’écran géant de l’hôtel magique (Toowoomba vient de subir une inondation éclair, 100 kilomètres au-dessus de nos têtes), est véritable, et que ma première réaction au discours imbécile de ce type au téléphone (ce mec est en carton) est une hypothèse sure quant à ce qui nous attend chez l’apiculteur. On va tout droit dans la gueule du loup, voilà la vérité que nous chuchotent les essuie-glaces toujours en marche.

Il pleut à nouveau des cordes quand on arrive à Clifton après une demi-heure de route détrempée et glissante. On ne voit pas le décor à travers l’eau ruisselante.

Clifton, une autre rue avec sa maison de la presse, son bureau de poste, son hôtel/bar et ses quelques autres business inutiles à nos yeux.

On emprunte la route résidentielle qui mène à la propriété de cet apiculteur. Sur notre gauche s’étalent des maisons en bois cachant d’autres sections résidentielles ; à notre droite quelques maisons sur pilotis bas, dans leur jardin on peut y apercevoir çà et là des vieux moteurs, des sacs de toile vides ainsi que des détritus en tout genre certainement encore utiles à quelque chose. Derrière ces maisons, l’Australie qu’on côtoie nous offre un de ces décors dont elle est maîtresse : des champs à perte de vue.
En arrivant à destination on tombe sur Mike, un philippin avec un sourire moustachu qui nous dit que le « boss » n’est pas loin. Il ne se passe rien. Pourtant il est encore tôt dans la journée. Un autre gars se balade et une autre philippine s’affaire autour du camion avec un masque et un pinceau. Au moment où on entame un bref échange fort cordial avec Mike, (d’emblée il nous a dit que « c’est bien de travailler ici »), un vieil homme s’avance en s’appuyant sur une canne, sa peau est ravagée, comme celle de tous les vieux australiens blancs qui ne supportent pas le soleil et surtout qui ne se sont jamais protégés puisque la réalisation que les UV sont dangereux est encore fraîche. Ça vaut pour le monde entier mais le soleil pique la peau ici plus qu’ailleurs.
Le vieil apiculteur s’avance toujours lentement vers nous.
Bref regard a notre nouvel ami qui nous le rend en souriant, au dépend du « boss » je présume.
Le vieux nous tend une main et il serre la nôtre avec force en nous regardant dans les yeux imperceptiblement trop longtemps pour rester agréable avant de s’écarter et de nous servir un :
-« mmhh toi tu me plais » (en se tournant vers Cherryne)
-« mmhh toi t’es grand c’est bien » (en s’adressant à moi)
-« Bonjour…. »
-« regardez-moi (à ce moment il a fini d’osciller sur le mètre qui le séparait d’un fût métallique vide, où il s’assoit lourdement) je suis un vieux bonhomme, je suis le propriétaire de cet endroit, j’ai deux maisons dans la rue et une autre a Toowoomba, j’étais le numéro un du miel a la grande époque, maintenant je suis vieux (et nous acquiesçons silencieusement), mes capacités sont réduites vous le voyez bien, j’avais beaucoup plus de ruches que je n’en ai maintenant (nos regards se tournent vers ces hypothétiques ruches), elles sont à Texas, a 150km d’ici ; ici on ne fait que de l’extraction, j’ai très peu d’employés, ici vous avez Mike, le conducteur du camion (du menton il montre Mike qui sourit toujours) mais ça fait 15 ans qu’il travaille pour moi et il ne sait toujours pas conduire. » (Échange de regards mal aisé à Mike qui sourit toujours en haussant les épaules. Retour sur le vieux qui rit, alors on force un sourire).
Coup de canne sur le sol.
« C’est difficile de compter sur quelqu’un pour faire ce qu’on lui demande, heureusement j’ai une femme magnifique qui fait des études pour devenir avocate, elle est magnifique, c’est moi qui paye pour ses études, un jour elle s’occupera de tout ici ; c’est déjà elle qui s’occupe de tout ici, elle est magnifique, elle vient des philippines, elle est beaucoup plus jeune que moi, Mike est un de ses cousins, et vous rencontrerez Zita, qui s’occupe de toute la partie technique, c’est un docteur que j’ai trouvé aux Philippines, elle était chercheur à l’université, elle faisait des recherches sur les abeilles alors je lui ai proposé de venir travailler pour moi, en Australie, et vous verrez sa fille, elle est magnifique, une vraie beauté noire, je l’appelle la black beauty.»
Coup de canne sur le sol.
« Je suis très généreux, j’ai acheté cette voiture pour les employés, la noire qui est la bas (il tend sa canne en direction d’un SUV de mauvaise qualité mais flambant neuf), je l’appelle la beauté noire, comme la fille de Zita.
Je suis un très vieil homme. Je suis très généreux vous verrez. Ma sœur habite une maison dans la rue, au 45, la maison rose, elle est plus jeune que moi et c’est une peintre très connue en Australie et dans le monde entier, Margareth Olley vous connaissez ? Elle est allée en France et elle est devenue alcoolique, la tentation, la France vous comprenez (là on lui dit que ça aurait pu lui arriver n’importe où mais il ne nous écoute pas). J’ai besoin de gens sur qui je peux compter, ce travail est très difficile, je suis sûr que vous n’y arriverez pas de toute façon, c’est très technique, il ne faut pas être idiot pour travailler à l’extraction du miel, et on se fait piquer tout le temps dans les ruches, non vous ne tiendrez pas.
Et puis de tout ce que j’en sais vous pourriez être des fous dangereux. Cherryne, tu es très jolie, mais on ne se connait pas, peut être que vous faites de l’échangisme. Vous faites de l’échangisme ? »
-Non
Et il rit, alors on sourit jaune en se regardant, en maudissant déjà d’avoir pris la décision de venir.
-J’essaye juste de savoir un peu qui vous êtes
-On est juste là pour le taf…on pensait vraiment que vous aviez un travail à nous proposer…
30 minutes se sont écoulées.
Le manque de patience doit se sentir sur nos visages malgré tous les efforts qu’on fait pour continuer de sourire et d’affluer dans le sens du vieux par mouvements de tête ou répliques toute faites et étouffées jusqu’à ce qu’il en vienne au fait.
-Regardez-moi, je suis un très vieil homme, je viens de me livrer à vous mais je n’ai rien en retour, j’ai besoin de connaitre vos mauvais côtés.
Nouveau sourire forcé en lui disant qu’à notre âge on ne connait rien qui pourrait nous faire flancher.

Il nous demande de le suivre jusqu’à la maison qu’il occupe pendant la saison de travail. On va rencontrer sa « magnifique » femme.
On le suit en perdant l’équilibre à chaque pas tellement il avance lentement avec sa canne. On monte une volée de marche en matant le cul informe du vieux qui nous précède dans un endroit extrêmement sale et qui pue le chien mouillé, 4 petits cabots se jettent sur nous en aboyant, un son strident, et le vieux nous présente Shirley, 40 ans, celle qui au téléphone avait l’air sympathique et qu’on voit maintenant ressemblant à une effigie de cire (son visage est gris) avec une coupe de cheveux déjà horrible dans les années 80, et qui nous demande si on peut la renseigner sur Paris :
-Je veux connaitre quelqu’un avant d’y aller, vous y êtes l’année prochaine, je veux y aller l’année prochaine ?
-Non, on veut renouveler notre visa. (D’autres questions, petite effrontée)
Elle nous prépare un café mais nous dédaigne totalement. Sa femme est un magnifique et véritable boudin. On est assis en face du vieux au milieu du salon qui est en fait un bureau. Shirley retourne dans une autre pièce prétextant un examen de droit qu’elle doit envoyer avant la fin de la journée. Le café est dégueulasse. Je le regarde en même temps que le vieux nous parle et je grimace a l’idée de devoir ingérer une deuxième gorgée avant de poser ma tasse une bonne fois pour toute, histoire de faire semblant dans les règles.
-Je vous avais dit que ma femme est magnifique, n’est-elle pas magnifique ?
Je manque de m’étouffer avec cette foutue deuxième gorgée.
Sourires forcés.
-Bon je n’ai pas vraiment de travail pour le moment, avec les intempéries les abeilles butinent beaucoup moins et il n’y a vraiment pas grand-chose à faire, ma femme est magnifique, je suis un très vieil homme, à votre avis j’ai quel âge ?
-J’sais pas 73 et sept mois. (Cherryne qui est enfoncée dans sa chaise murmure un nombre que je n’entends pas)
-Ma femme est magnifique, un jour elle s’occupera de tout. Je suis plus vieux que ça, mais Cherryne sait quel âge j’ai, tu lui demanderas (en effet Mike lui avait dit : 84 ans. Et le vieux l’a entendu. Alors sénile ou complètement fou ?). Elle fait des études de droit…
-Est-ce que ça veut dire qu’on peut faire une semaine d’essai ?
-Ce n’est pas si facile, puisqu’il n’y a rien à faire, je ne peux pas vous proposer grand-chose. Tu sais couper des haies ? (Il se trouve que j’avais aidé la mère de Cherryne à couper ses haies avec un véritable coupe-haie alors sans mentir mec: oui)
-Oui.
J’ai du réfléchir trop longtemps, il ne m’écoute pas.
-mais je suis généreux, vous pouvez habiter dans une de mes maisons dans la rue, à cote de celle de ma sœur, au 41, jusqu’à ce que vous trouviez un travail. Une fois que je vous connaitrai mieux, peut-être qu’on ira à Toowoomba pour couper les haies autour de ma maison, peut-être qu’on commencera par les haies de la maison dans laquelle vous pouvez emménager.
-Allons rencontrer Zita…
Et on le suit et on l’entend faire des blagues racistes et pédophiles sur la fille de Zita alors qu’elle est juste là, elle sourit en nous regardant, il nous dit que grâce à lui elle a une vie meilleure parce qu’être docteur aux philippines n’est pas suffisant et le très gentil docteur sourit toujours en acquiesçant derrière le vieux pourri, alors qu’elle voit maintenant sa fille harcelée par celui qu’elle appelle « yes Boss » et qu’elle travaille dans la mélasse pour 900 dollars par semaines ayant échangé la blouse blanche et les horaires réguliers d’un travail d’universitaire contre 12h00 par jour de jogging poisseux et de « boss » qui lui ordonne de répondre au moindre de ses caprices mais qui lui dit qu’elle ne sait rien faire. Quel merdier.

On se retrouve dans une voiture, Zita conduit « la black beauty » (dans ma tête résonne la phrase du vieux « La black beauty c’est comme la fille de Zita, des gros parchocs, c’est une black beauty, vous verrez, elle est magnifique, elle a 16 ans »).

On a passé la dernière heure en apnée, dans la voiture on reprend notre souffle.
-Mais ton boss est complètement fou ou quoi !!! ?
-Oui mais il faut apprendre à le connaitre, il n’est pas méchant, c’est juste un très vieil homme. (mouais, tu vendrais ta fille pour $1000 que j’ai envie de lui demander, mais elle est gentille, alors on sourit)
Et on va faire des courses, la superette est hors de prix, il n’y a pas de pain, d’ailleurs on aurait pu y aller tout seul. Qu’est-ce qu’on fout dans cette voiture ?
Et va prendre un « snack » fait de ‘grilled cheese and ham’ et de sprite chez Zita. On rencontre son black boudin de fille et elle nous raccompagne dans notre nouvelle maison, après nous avoir dit de venir le lendemain matin pour « qu’il nous prenne à l’essai », il faudra apparemment mériter ce travail d’apiculteur. Alors cette petite escapade inutile était uniquement faite pour nous tester ? Incrédulité. On avait néanmoins décidé de passer la nuit ici, il était trop tard pour retrouver un motel hors de prix.

La maison est grande et plutôt propre pour une maison inhabitée depuis on ne sait combien de temps. Zita met l’électricité et nous dit bonsoir. C’est la première fois qu’on occupe une vraie maison depuis bien longtemps, on se dit que si les jours comptent pour le visa et qu’on loge gratuitement rien n’est perdu. Pourtant on ne prendra jamais l’habitude de cet endroit.
Le lendemain, on se lève beaucoup trop tôt, on parcourt en voiture le kilomètre qui nous sépare de l’exploitation du vieux. On rencontre un gars qui fait de la maintenance. Mike et Zita sont là. Le vieux aussi. Sa « femme est magnifique et le job est dur ». On en prendra encore plein les oreilles. Les pains de wax qu’il vend à l’Oreal et Maybelline « doivent être parfait. C’est très dur de filtrer la wax ».
Pourtant c’est drôle parce qu’elle sort juste par un robinet, d’un caisson artisanal grand comme deux baignoires, on regarde Zita couler la wax dans des moules, le vieux lui dit que ce n’est pas comme ça qu’on fait, cela fait « juste » 5 ans qu’elle y travaille. On enlève du miel de quelques pots. On nous demande d’aider le gars de la maintenance qui va réhabiliter un des 3 mobiles homes sans portes qui servent de cuisine, toilettes et débarras aux employés et qui se trouve le long de l’entrepôt. Il nous dit qu’il vient juste d’avoir un cancer quelque part dans le dos.
Acquiescements compréhensifs.
Dans la « cuisine » l’odeur est intenable, les mouches règnent sur la place, une couche de graisse de 15mm couvre les murs, un tas humide d’affaires inutiles et sales jonche le sol et les étagères, un trou s’est formé dans le plancher, le bois est rongé par la pourriture. Zita me fait un café (j’ai répondu oui automatiquement, il faut absolument que je perde ce reflexe), un autre jus de chaussette qui finira par terre. On met des gants et on transvase ces affaires dans le mobil home mitoyen.
Et puis on reprend une leçon sur la femme du vieux, une autre sur le pouvoir d’attraction de la fille de Zita. Il nous dit aussi que comme on l’a bien vu, la chaine d’extraction ne fonctionne pas, le mauvais temps ne permet pas de travailler avec les abeilles trop agressives.
-Vous êtes des backpackers, vous devez avoir de l’argent. Vous avez de l’argent ou vous êtes désespérément en quête d’un travail rémunéré ??
Et puis il nous reparle des haies à couper devant la maison qu’on occupe et de celles qui entourent sa maison a Toowoomba. Il nous dit de rentrer déjeuner et de l’attendre, de ne pas revenir, il n’y a pas de travail.
Pffff. OK.
On mange, le temps passe, la télé ne fonctionne pas et on ne peut pas voir si Toowoomba est toujours inondée, je n’ai toujours pas d’ordi et on a très peu de loisirs à notre disposition. Alors 2h plus tard on retourne voir le vieux, surtout parce qu’on veut savoir si on peut partir pour faire des courses. Il nous engueule à moitié en nous rappelant qu’il nous avait demandé de l’attendre, qu’il est vieux et qu’il dormait, qu’il doit prendre des pilules. Il a un mauvais cœur.
On rentre, on tourne en rond maudissant cette pourriture. De la vapeur sort de mes oreilles. On attend.
Et au moment où on ne l’attendait plus, on entend un moteur dans notre jardin. On sort de la cuisine jusque dans l’entrée en passant par une vaste pièce en véranda qui longe tout un côté de la maison. De là on peut le voir s’extirper de son truck, Zita a déjà frappé et elle rentre par la porte vitrée. Dans une autre pièce se trouve un taille-haies. Il me demande d’aller le chercher une fois qu’il a réussi à marcher jusqu’à nous. Je prends le taille-haies après avoir hésité devant les deux boites à ma disposition, l’autre est une tronçonneuse électrique. Je le branche. Il me demande pour la 15ème fois si je sais comment on s’en sert. Je l’entends et je décide de lui répondre que oui, prenant toute l’énergie dont je dispose encore pour afficher un sourire digne de confiance. Il me dit que ça l’étonnerait. A partir de ce moment-là je décide de ne plus le regarder, ni l’écouter ou lui parler. Il me dit que Zita va me montrer. La pauvre n’a manifestement jamais utilisé de taille haie, elle l’a d’ailleurs avoué à Cherryne 30 secondes plus tôt ; elle a déjà du mal à le soulever. Elle me montre néanmoins comment faire. Je lui dis que j’ai compris et me met à l’œuvre sous l’œil inquisiteur du vieux. Au deuxième coup de taille haie, lancé comme si je l’avais fait dans une pub pour Coca Cola, chemise à carreau bleue et jean troué par le travail manuel, une goutte de sueur perle sur mon front bronzé, il me dit que ça doit être la première fois que je fais ça. (Il n’a pas tout à fait tort c’est la deuxième, mais tout de même. Et le buisson lui-même n’est pas droit).
-Vous savez qu’on n’est pas obligé de travailler ensemble, lui dis-je en arrêtant de travailler.
Il me demande d’arrêter, il me dit qu’il n’aime pas ma technique et de « ne plus me soucier de la haie, de toute façon il se remet à pleuvoir ». Il me dit que je suis un incapable et il me demande d’aller chercher Cherryne. Il lui donne un billet de $50 pour les courses dit-il et Zita et lui repartent. Zita nous dit de ne pas nous énerver.
On est abasourdi.
Le lendemain on se lève, déprimés par notre situation.
Il pleut toujours.
On se dit qu’on devrait essayer d’aller à Toowoomba faire des courses pour quelques jours et partir. En plus je dois racheter un ordinateur, merci Papa Noel. 11h00 du matin, un autre sbire philippin du vieux fou frappe à la porte. On est samedi. Il nous demande où est le taille-haie, je lui réponds aimablement en lui montrant la tronçonneuse. Pendant ce temps-là du bacon est en train de frire. J’irai lui demander s’il a besoin d’aide une fois que je serai repu. Pendant que je fais la vaisselle le vieux débarque alors que le sbire souriant avait déjà bien entamé le rafraîchissement de la haie
Coup de klaxon.
-Il est pas sérieux le papi ? il va nous klaxonner maintenant !?
Et on sort lentement et il me demande d’un ton exécrable si je j’ai offert mon aide au gars.
-non, je viens de finir de manger.
A cet instant je tiens un torchon de cuisine quadrillé de rouge et blanc dans lequel je m’essuie les mains et je regarde vaguement à travers lui.
-tu devrais avoir honte de toi, pendant que tu manges un brave garçon vient pour faire le job que tu es sensé faire…
Oh mon dieu que dire.
-Premièrement, vous m’avez demandé d’arrêter parce que je ne savais pas le faire et deuxièmement, mais vous n’allez pas me croire j’en suis sûr, j’allais lui offrir mon aide au moment où vous arriviez…
Le pauvre sbire prend notre défense et confirme qu’on était occupés dans la cuisine quand le vieux lui demande.
Il fait mine de ne pas entendre la réponse. Il continue de me réprimander sur ma conduite, il dit à Cherryne qu’il a pitié pour elle d’être avec moi. Cherryne commence à s’énerver.
Tient, de la vapeur sort de ses oreilles :
-Bon ca suffit les conneries, ça fait trois jours qu’on vous supporte et vous juger Pierre-François sur de la merde, on n’est pas là pour se faire insulter. En fait, c’est vous qui devriez avoir honte.
Le vieux entend manifestement mieux ce que les femmes lui disent, il part la queue entre les jambes et nous allons faire des courses à Toowoomba.

Il pleut toujours.

Toowoomba, 50kms au nord. Sur la droite de la route un pont de chemin de fer avait manqué de s’écrouler lors de la dernière pluie, des débris d’arbres sont coincés sur les piliers, le ruisseau est encore maintenant un petit torrent, les champs alentours sont détrempés, la route est jonchées de débris. On arrive sur l’autoroute et il se met à pleuvoir très fort. Le bruit de la pluie et des essuie-glaces est tonitruant.

On passe le lendemain au téléphone et sur internet pour essayer de trouver un plan B alors qu’on n’a même pas de plan A. On appelle l’agence d’emploi pour lui dire de ne plus jamais envoyer quiconque ici et accessoirement de nous trouver autre chose.
Il pleut fort
On entend le klaxon du vieux qui souhaite qu’on mette une poussette et quelques chaises dans une des chambres de la maison, ou qu’on ramasse un tas de feuille, on ne le regarde pas, on ramasse les feuilles parce qu’on habite chez lui gratuitement, on essaye de trouver un endroit où on peut louer des pédalos, si on se laisse porter par le courant d’une rivière en crue, on arrivera peut-être à sortir de cet enfer avant d’avoir trouvé un plan B.

Pas de nouvelles de l’agence ni de personne d’autre dans tout l’Est australien. Mais c’est dimanche, on va être patient.

Lundi, nouveau coup de klaxon, le vieux a un truc à nous faire faire, sa femme est là, on va chercher un lit pour le mettre dans une autre pièce de la maison, il frappe sa femme du bout de sa canne lorsqu’elle ne fait pas ce qu’il lui demande de la manière dont il l’aurait fait lui-même. Avec Cherryne on se regarde exaspérés et désolés pour la femme malgré sa laideur intolérable.
Plus tard, Sue de l’agence nous appelle pour nous demander si on cherche toujours du travail, elle nous propose une ferme bio, ils ont besoin de travailleurs, on ne sera pas payés, c’est la fameuse formule du WWOOFing, on travaille 4 heures par jour contre le gite et le couvert. « En attendant de trouver mieux ».
On s’était promis de ne pas donner dans ce genre d’esclavage moderne après notre première aventure dans cette ferme vers Armidale, mais cette petite semaine passée auprès d’un psychopathe à la lisière d’un champ plat sur 30km, où on n’a d’ailleurs pas gagné plus d’argent, nous prouve qu’on n’a plus rien à espérer pour l’instant.

Cet après-midi, la femme du vieux fou passe à la maison et parait surprise de nous trouver là, c’est vrai qu’on a dit qu’on partait en début de semaine.
-On n’est pas des rustres (nous) on ne serait pas partis sans vous dire au revoir. Au fait on laverait bien mais on n’a pas de produit ni de serpillère.
-Oui ben oui ce serait bien de laver oui ! Je vais voir si je peux vous donner ça.
On la reverra seulement le lendemain quand on fera un saut dans leur taudis de maison pour leur dire qu’on part. Ils semblent totalement désintéressés de notre sort.
-On espère que vous trouverez ce que vous êtes venus chercher et que la route est dégagée.
Abrutis. Au revoir.

Notre voiture a nouveau chargée de nos deux valises, d’une bouilloire, d’un toaster, d’une plaque électrique, de 5 litres d’huile (parce qu’on a remarqué que le moteur perdait un peu d’huile, rien de bien méchant, on ne s’est pas inquiété), d’un pack de bouteilles d’eau, d’une caisse de bouffe sèche et de vaisselle et d’une caisse remplie de linge de maison et d’oreillers, quelques sacs à mains et un bodyboard, il ne manque plus qu’un autocollant Vans sur le pare-choc arrière et un porte clé en forme de tong Billabong qui pend du rétroviseur et on est les parfaits backpackers comme il nous a si bien appelé. Mais puisqu’on a des valises, on préfère l’appellation « suitcasers ou dufflebaggers». Oui c’est indéniablement plus approprié, on déteste la campagne et les péquenots.
Il pleut toujours.


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L'Hotel Magique

Warwick, Australia


Alors on part de cette ville ou rien ne se passe, 50kms au nord se trouve Warwick, 50kms au sud se trouve Tenterfield, dans le New South Wales. On connait Tenterfield, on s’y est arrêté une nuit avant de bifurquer au nord-est vers Gatton et Brisbane en montant a Bundaberg. On sait qu’il y a sur la route une ferme de cerises, mais rien de plus alors on décide de tenter notre chance au nord.

On atteint Warwick à la tombée de la nuit, sous une pluie battante, impossible de penser à autre chose qu’un nouveau motel. Personne dans les rues, sur la rue principale pas de motels, on se balade sans savoir ou aller. Au fur et à mesure qu’on frappe aux portes des pubs pour savoir s’ils ont des chambres, et qu’aucun d’eux n’en a, et que « peut-être » devrions nous « essayer » près de la vieille gare de triage, après la poste à gauche, facile. Tu parles. Il pleut toujours et on ne voit rien.
On s’enfonce dans une rue sombre et large, il y a quelques business de part et d’autre dont les faibles lumières ont du mal à pénétrer l’atmosphère humide. Tout d’un coup après un va et vient d’essuie-glace, apparaissent à travers le pare-brise les voies ferrées au fond de la rue et soudainement sur notre gauche on aperçoit une façade victorienne, celles auxquels ressemblent tous ces pubs/restaus/motels. Ce doit être ce qu’on devait « peut être essayer » d’aller voir. Quel coup de chance ce serait.

Cherryne m’attend dans la voiture, je saute par-dessus le gigantesque torrent dont le lit était jadis un caniveau de la ville et pousse la double porte de cette vieille bâtisse et rentre dans un univers aussi magique et effrayant que la rue elle-même. Je suis face à un escalier couvert d’une moquette vert foncé, un miroir sur le palier et des bibelots a l’air maléfique, à gauche une double porte ouverte sur un bar en U et un client accoude au zinc, à la télé, des inondations, un chat s’approche de moi en miaulant et je me dirige vers le bar. Une petite dame boulotte, la cinquantaine tassée et qui me semble familière me demande ce qu’elle peut faire pour m’aider.

Avez-vous des chambres ? oui. $50.

Je retourne chercher Cherryne et on pousse la double porte, on passe de l’autre cote du U pour prendre notre clé. Pendant qu’elle nous enregistre elle nous demande ce qu’on fait dans les parages et on lui raconte brièvement notre vie en souriant.

Elle hésite quand vient le moment de décider du numéro de la chambre qu’elle va nous donner et comme en se parlant a elle-même elle dit « mmmhnon, je vais vous donner le 8, elle est plus grande, vous serez plus à l’aise…..Donc c’est en haut de l’escalier à gauche ! »

On monte cet escalier, on voit nos reflets devenir de plus en plus grands dans le miroir, on jette un coup d’œil aux bibelots et en montant la dernière volée de marches une sorte de lounge télé se dévoile sur la gauche. Toujours la même moquette vert foncé. Un chien croulant couché sur la moquette lève le nez avec intérêt quand on passe et quand on lève le nez à notre tour pour chercher le numéro de notre chambre, on voit un petit homme a l’air sale de peau et de vêtements tout claudiquant et difforme nous alpaguer en nous demandant dans quelle chambre on est, "je peux vous aider parce que j'habite ici depuis plusieurs années, je connais tout le monde".
On se dit que c’est encore un beau merdier que cet endroit. Une des chambres est ouvertes, une seule petite lumière et la télé est allumée mais on voit qu’ils sont installés ici et le père engueule son fils, la porte claque, le petit homme nous montre la chambre dont le 8 est renversé (quelle différence me direz-vous, et bien un beau 8 n’est jamais symétrique c’est tout ce que j’ai à dire) et on le remercie et on rentre dans une chambre remplie de lits.
Un lit double et 3 lits simple, un lavabo et une fenêtre inaccessible à cause des lits, on ne peut que s’assoir sur un lit, poser nos affaires sur un autre lit et dormir dans un dernier lit.

Alors on fait des allers retours entre la voiture et la chambre pour aller chercher quelques affaires et on croise souvent la tenancière et le chat qui miaule. On parle. Elle nous demande si ça nous intéresse de travailler pour elle, son frère a une maison à nettoyer et elle peut aussi nous employer dans l’hôtel. Bref regard entre Cherryne et moi et on lui dit que oui pourquoi pas (mais on est complètement con ma parole) qu’elle nous tienne au courant, on lui dit aussi qu’on veut renouveler notre visa et elle accepterait même de signer le papier comme venant de la ferme de je ne sais quelle relation à elle (OK soit, visa, au moins ce n’est pas du temps perdu).

Le lendemain, je vais prendre une douche et quand je reviens j’ai un message sur mon répondeur. C’est la vieille mégère de l’agence qui me dit que le vieil apiculteur accepte de nous voir, il faut l’appeler, elle donne son 04. Mais d’abord on va prendre notre petit dej, la tenancière nous a dit qu’on pouvait se lever quand on le souhaitait.

A 11h00 le chien nous regarde passer, dans la cuisine on rencontre un vieux bourré lituanien installé dans l’hôtel depuis trop longtemps.
On ne comprend pas tout de ce qu’il raconte même si ça a l’air très intéressant, mais a ce moment là on ne pense qu'à avaler notre petit dej pour retourner appeler l’apiculteur. Le vieux bourré continue de parler de la beauté de Cherryne et des inondations, et au moment où on a fini de préparer notre repas matinal, la tenancière débarque et le lituanien qui était encore la il y a une seconde a disparu ; elle nous parle de remplir des sacs de sable à cause de l’eau qui monte, elle nous dit que ça peut être « un job pour vous ». On a un coup de fil à passer, on a peut-être une issue de secours, on la «tient au courant».

Dans la chambre pleine de lits je prends le téléphone et compose le numéro, ça sonne.

Une femme décroche, voix jeune, avec un accent. Elle me passe son mari.

-Bonjour monsieur, j’appelle sur les conseils de l’agence…

-Oui Oui vous êtes français ? Ma femme veut aller à Paris

Stupéfaction, ça commence mal, néanmoins, c’est notre seule chance de quitter cet endroit magiquement bizarre, tout est permis.

-Et bien écoutez ça tombe bien on est de Paris on pourra lui en parl…

-Vous savez je suis un vieux monsieur et j’ai une femme magnifique, je suis un homme chanceux. J’ai des ruches, mais on doit s’en occuper pour moi. Je suis un très vieil homme. J’ai beaucoup de chance. Ma femme veut être avocat, elle suit des cours par correspondance avec l’université. Elle vient des philippines. Je suis très généreux. Je suis un très vieil homme, j’ai une femme magnifique…..J’ai besoin de quelqu’un en permanence pour manœuvrer des machines, quelqu’un d’intelligent, avec de l’expérience….

Ma recharge téléphonique y est passée. 20min.

Au moment où il me dit qu’il n’a pas de taf pour nous mais que c’est un très vieil homme et que sa femme est magnifique et jeune, et que tout ce qu’il peut faire pour nous c’est nous donner une semaine d’essai et que je lui dit qu’on prend cette semaine d’essai, l’espoir revenant enfin, la communication coupe, plus de crédit….

Je saisi le téléphone de Cherryne qui git sur un des autres lits au choix dans la chambre et compose son numéro la mort dans l’âme. Dès le début de ma conversation avec cet énergumène, je savais qu’on aurait des surprises. La femme décroche à nouveau et nous explique comment venir, elle semble sympathique.

On part, on descend les escaliers de moquette verte et on va dire à la tenancière qu’on a trouvé du travail, elle nous souhaite bonne chance pour la route et le travail, on lui souhaite bonne chance pour les sacs de sable. On arrive en bas des marches d’une des portes de cote qui rejoint directement notre voiture, comme la rampe de Batman, et un homme est garé avec sa vieille Ford pourrie et sale, la portière avant ouverte sur un tas de détritus et il nous demande « par ou qu’on se dirige »

-au nord :Clifton...monsieur...mec...truc

- mmmmh’c’n’est pas une bonne idée d’aller au nord

et il s’engouffre dans la voiture en marmonnant quelque chose. Il a une CB, et manifestement un pote à l’autre bout des ondes. Apparemment la route n’est « pas coupée » entre Warwick et Toowoomba, 150 kilomètres au nord. Evidemment que non pauvre fou me dis-je en mettant le contact, dernier geste mille fois répété avant le départ définitif de cet endroit de fous furieux.

Il se trouve que la route, même si elle n’était pas coupée, était tout de même par endroit sauvagement assaillie par des torrents nouvellement formés qui dévalaient de bas-côtés pourtant plats.


Il pleut toujours.


permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on January 5, 2011 from Warwick, Australia
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Stanthorpe premier essai

Stanthorpe, Australia


Je préconise Stanthorpe, une ville qu’on a déjà traversé en redescendant de Bundaberg pour aller a Tamworth il y a si peu de temps.

A la télé des images nous parviennent de Rockhampton, quelques 500km au nord de Bundaberg, ils sont apparemment atteints par les mêmes pluies qu’on a prises sur la tête la semaine dernière sauf qu’au nord, ça n’a pas cessé depuis. C’est apparemment le cas pour une bonne partie du nord du Queensland.

On avait un plan a Bundaberg pour empaqueter de courgettes début février, on se dit qu’on ne devrait pas aller trop loin au cas où. On envoie un SMS au fermier pour lui souhaiter une bonne année, en espérant que les pluies n’ont pas bousillé ses plantations. On le rappellera même quelques jours plus tard et il nous demande de le rappeler le 15 février pour savoir si on peut venir travailler. OK.

Sur la route il fait beau et chaud, les inondations semblent loin de nous. On s’arrête pour manger des sandwichs au saumon fumé/avocat préparés la veille, on se fait offrir un café par la sécurité routière, véritable jus de chaussette imbuvable qui finira dans le caniveau, la ville s’appelle Beaudésert, on continue au milieu d’une forêt tropicale, une route qui serpente une colline en descente vers le sud du Queensland.

En arrivant à Stanthorpe on emprunte une « tourist drive » censée traverser des vignobles, des marchands de fruits, des vergers, synonymes de travail pour nous.

Que dalle.

On passe pourtant devant un backpacker sur cette route paumée, on s’y arrête et des qu’on sort de la voiture on parle a un type qui était là, un écossais, il nous dit qu’il vit et bosse ici depuis 6 semaines et que ce n’est pas si terrible, dans ces yeux, on voit bien que ce n’est pas ‘terrible’. On parle à un membre du staff qui prend nos noms et numéros de telelphone et nous dit qu’ils nous rappelleront s’il y a du travail. En contrepartie, on devra louer une chambre chez eux. On est coutumier du fait, tout ce qu’on veut maintenant c’est du travail.

On repart vers la ville en se disant qu’il y a peut-être des chances que celle-ci nous donne ce qu’on cherche.

On se demande où dormir à Stanthorpe, on n’aime pas les caravans park quand on n’est pas au bord de la plage, même s’ils sont moins chers, on a atteint notre limite inférieure du budget à laquelle trouver un travail est impératif depuis trop longtemps. On check quand même dans le motel dans lequel on s’était déjà arrêté. On aurait pu changer ? non, cette ville n’est qu’une « mainstreet », le choix est facile.

On se pose, se disant qu’on n’est vraiment pas fait pour ce genre d’aventure, on doit à tout prix en finir avec cette histoire de visa, ça va nous rendre malade.

A la télé, Bundaberg est sous les eaux. Les inondations semblent donc se diriger vers le sud. On suppose que notre plan courgettes est tombé à l’eau. En tout cas on se dit qu’aller au nord n’est pas une bonne idée pour l’instant. S’il le faut, on reprendra la route jusqu’à Melbourne. Et sur la route, on trouvera surement du travail, plus loin, pour profiter de la fin de l’été dans le sud de l’Australie, avant que la saison ne finisse en tout cas. Il y a des vignes là-bas aussi. Quelle merde.

A la télé des méduses qui ont fait fermer 3 plages, l’une d’elles non loin de Coolangatta, sur la Gold Coast, on y était le matin, triste d’en partir et de ne pas pouvoir tâter le swell de 4 pieds de haut. On se dit qu’on a de la chance.

Et puis la télé qui crache cette fois ci une information sur une quelconque journée nationale qui est justement aujourd’hui, mais en Australie lorsqu’un jour férié tombe un dimanche, on le reporte au lundi, elle n’est pas belle la vie !? Donc on nous informe que demain tout est fermé. C’est bien notre veine.

On retourne le lendemain au backpacker pour prendre la température toujours aussi faible du marché du travail. Pas de bonnes nouvelles évidemment. Que faire, attendre demain, on reprend une chambre à l’hôtel, le manager très sympathique me gueule dessus en me disant que ça coute cher de laver des draps et que j’aurais pu prévoir, alors que j’ai déjà dans la main les $60 en cash pour la nuit…

A la télé, des inondations. Ici il pleut un peu.

Le lendemain on va voir l’agence intérim spécialisée dans la caste backpacker et travail saisonnier. Trop de gens sont assis à attendre dans l’exigu bureau qui fait l’angle de la rue derrière le motel, on a le moral dans les birkenstocks.

On parle à une mégère, on remplit une feuille, on dit qu’on peut tout faire, puisqu’à ce moment c’est vrai, on fera n’importe quoi.

Elle nous propose de:

Soit, aller désherber un champ, il y’a du travail pour dix jours, payé a l’heure pour quelques heures par jour.

Soit, bosser dans les pommiers, enlever les mauvaises pommes pour permettre aux bonnes pommes de murir convenablement. Job paye à l’arbre (non merci) chez un « italien vraiment pas sympa qui a l’habitude de crier sur ses employés » selon les mots de la mégère (non merci, vraiment).

Soit, bosser chez un apiculteur, il faut un mec pour travailler près des ruches et une fille pour la chaine d’extraction du miel. Paye à l’heure, un job qui pourrait durer, mais le patron peut attendre et veut avoir plusieurs candidats…c’est honnête, ça semble même normal et ça a dû nous inspirer confiance.

Parce qu’allez savoir pourquoi, on a dit à la mégère qu’on pouvait attendre qu’il prenne une décision je ne sais pas quelle idée nous est venue de vouloir voir à quoi ressemble une ruche de près mais du coup on ne reverra jamais le job de désherbage…va prendre une décision avec des paramètres aussi pourris.

$1500 sur nos comptes respectifs. On rentre au motel. Il pleut toujours. A la télé, des inondations, toujours.

Le lendemain à 10h00, la voiture remplie de notre vie on ère dans Stanthorpe. Hors de question de redonner $60 au motel. On veut aller sur internet dans un parc mais les prises électriques sont déconnectées, la rivière est anormalement haute. Il se remet à pleuvoir. Le soir va arriver vite. C’est le Vietnam, impossible de se sécher complètement, de la buée s'installe définitivement sur les vitres de la voiture. On retourne à l’agence, elle nous dit qu’il n’y a pas de travail à cause du mauvais temps mais qu’il faut patienter. L’apiculteur va peut-être accepter de nous prendre.


permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on January 2, 2011 from Stanthorpe, Australia
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Nouvel an en tongs...Il fait beau!

Coolangatta, Australia


Avec nos 4 compères, on décide de descendre le long de la côte et d’aller dormir dans nos voitures jusqu’au nouvel an, au caravan park de Kirra Beach.

Il pleut toujours. Particulièrement fort ce soir. Le van des deux garçons fuit et c’est comme si un robinet ouvert coulait à l’arrière. Avec Cherryne nous devons faire notre lit avec les portières grandes ouvertes pendant au moins 5 min. Impossible, à peine ouvrons-nous une porte que le matelas et toutes nos affaires sont trempés.

Alors on va rester éveillé, on se poste sous le préau de la cuisine centrale, on sort des ordis qui marchent et on met de la musique en attendant que ça se calme.

Pour aller à la voiture, il faut traverser 30m de pelouse rase, cette étendue est maintenant un marécage, à la lisière des arbres, juste derrière la voiture, une marre s’est formée et continue de monter. Les fringues qu’on porte sont trempées et ne sècheront pas avant qu’on aille se coucher.

Et on patiente.

Et l’accalmie, enfin. Il pleut beaucoup moins fort, on emprunte une bâche aux deux filles et on fait notre lit en quatrième vitesse, mais même cette petite pluie s’infiltre et tout est humide.

Il pleuvra une bonne partie de la nuit, on se lève, on prend un petit déjeuner un matin gris et menaçant. On part, puants d’humidité, c’est difficile de se débarrasser de cette buée, et il se remet à pleuvoir des cordes.

On fait le tour des environs à la recherche d’un endroit ou se mettre au sec pour les prochains jours.


On trouve un hôtel en bord de plage qui a des chambres de 3 à $105. Vendu. Nos 4 amis sont retombés dans une léthargie fataliste, il pleut, toute nos affaires puent et avec Cherryne, on se dit qu’on a besoin de purger notre voiture, de laver les affaires mouillées de Noel et de se débarrasser de cette odeur nauséabonde, donc on reprendra une nuit dans cet hôtel le lendemain, en se disant que cette semaine va nous couter cher. Si cher qu’on reprendra une chambre a $85 tous les jours jusqu’au 2 janvier tiens !
On passe le réveillon avec vue sur l’océan et les feux d’artifices de Surfers Paradise, dont on voit les grattes ciels illuminés se découper sur un ciel étoilé de l’autre cote de la baie.

Nos ‘disposable friends’ n’ont même pas pris la peine de laver leur affaires avant de repartir, dès le lendemain de cette première nuit partagée, vers Sydney a 850 bornes pour y retrouver d’autres amis à eux, « parce qu’il pleut trop ici ».

On retrouve le calme apaisant de notre voyage en solitaire. Le temps est changeant mais il va maintenant faire majoritairement beau. On va à la plage, on improvise nos repas dans notre chambre d’hôtel, en mode gypsie avec notre plaque chauffante. C’est la seule et unique manière d’économiser de l’argent au point où on en est, sans travail ni prospect : ne pas manger dehors.

Marre de louer des planches de surf et indécis quant à la board qu’il me faut, j’avais acheté un bodyboard. Alors je m’amuse au milieu des dauphins qui passent à 30m de moi. Cherryne qui regardait des scènes à travers un objectif n’a pas vu un énergumène tentant vainement de lui signaler le passage de ces gentilles créatures, le temps de prendre une vague pour regagner le bord et de courir lui montrer, tandis que la plage entière est tournée vers le banc de mammifères, elle se retourne et ne verra que la queue du dernier de la file disparaissant derrière l’avancée de terre sur notre droite. Je retourne dans l’eau, le sourire aux lèvres. L’eau est transparente et chaude, les vagues toujours aussi parfaites, formées par un fond de rochers et déferlant avec constance sur le banc de sable, combinaison parfaite.

Et c’est vite nouvel an, on le passera paisiblement sur la plage, toasts au saumon encore et bière toujours. Feu d’artifice.

Le lendemain, première bonne résolution 2011 : Se baigner. Les vagues étaient un peu plus grosses mais moins belles.

On rentre.

Il est 18h00 et on doit maintenant se demander ce qu’on fait demain. On ne peut malheureusement pas se payer plus de temps à la plage, il faut trouver une nouvelle destination travail.


permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on December 26, 2010 from Coolangatta, Australia
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Noel en tongs....sous la pluie

Surfers Paradise, Australia


On se donne rendez-vous sur la gold coast, Surfers Paradise le 24 décembre. Je pensais que ce n’était pas la meilleure destination à cette période de l’année mais vu qu’on vient de se faire remercier de notre travail de fermier avec quelques jours d’avance sur le programme, une plage, n’importe laquelle, fera l’affaire.

On est le 23 décembre.

On se dit qu’on peut se permettre de se poser deux ou trois jours dans une ‘chambre double’ excessivement chère, après réflexion et parce que je crois qu’il n’y avait plus que ça de libre pour la période de Noel Nouvel an, on lâche nos $190 pour deux nuits, dans ce qui est en fait un petit appartement miteux avec l’éternel comité d’accueil, un cafard. Cuisine équipée, large salle de bain, télévision qui ne marche pas mais qui en plus des deux fauteuils et du canapé simili cuir vert constitue l’unique mobilier du living. Il pleut toujours. Dans l’après-midi une éclaircie nous permet d’aller tâter le surf. L’eau est marron, remuée par les intempéries, le courant est indescriptible, impossible de s’amuser, on bulle sur la plage, pas très longtemps, il se remet à pleuvoir. On rentre et on se fait les meilleures hamburgers fait maison de l’histoire. On a souvent depuis essayé de réitérer cet exploit, sans succès.

Noel s’annonce bien.

Il pleut à nouveau, fort.

Avant de prendre quelques bières il nous a fallu convaincre nos 4 amis de se garer dans les places de parking devant notre auberge/appart et de venir procéder aux courses du repas de Noel avant que les magasins ne ferment pour 2 jours. C’est parti.

Au menu, toasts de saumon fumé, crevettes, pizza qu’on utilise pour petit-fourrer un apéritif fait de Cold, une lager sans vraiment de gout. Sachez que le champagne n’existe pas en dessous de $80 et c’est quand on peut le trouver.

Un parfait noël australien.

La pluie continue de tomber. Des cordes. On est littéralement trempés dès l’instant qu’on passe le pas de la porte. Mais on ne peut tout de même pas passer Noel en bord de plage et ne pas aller prendre un bain de minuit.

Cherryne et une des deux autres filles font les poules mouillées et restent sur la plage pendant qu’avec les autres on s’amuse dans l’eau peu profonde et puis on rentre.

On était censé vider les lieux à 10h00 le lendemain matin.

Le 25 décembre, il pleut toujours. Mon ordi qui m’a lâché subitement hier avant même que la fête commence est toujours inerte, à mon grand désarroi.

On va voir la réception pour réserver la nuit suivante dès qu’on se lève mais elle est fermée. Ils nous avaient d’ailleurs dit il y’a deux jours qu’un couple devait occuper l’autre chambre mais on ne voit personne arriver. On reste donc en place, dans l’illégalité la plus complète et on mange un brunch avec le reste du saumon fumé. Il pleut toujours et on range toutes nos affaires dans nos voitures pour être prêt à décamper demain avant que la réception n’ouvre, à 10h00.

Tout se passe bien, personne n’est venu nous voir, on se lève, on nettoie l’appart et on met le reste de nos affaires dans les voitures puis on retourne autour de la piscine du backpacker pour prendre notre petit dej. Pendant ce temps la réception a ouvert et Cherryne parvient a nous récupérer caution pour la clé, $10 qu’on n’était pas prêt à rajouter.


permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on December 23, 2010 from Surfers Paradise, Australia
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Byron 2nd attempt

Byron Bay, Australia


On a encore un peu de temps avant Noel, on décide de refaire un stop à Byron Bay pour voir à quoi ça ressemble quand il fait beau.
Il pleut toujours.
Mais on profite tout de même d’une bonne partie de la journée à la plage, il y a des accalmies.

On dort dans notre voiture dans un caravan park, cette fois ci le matelas sera épargné.


permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on December 22, 2010 from Byron Bay, Australia
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On the Road to Surfers 4 Xmas

Grafton, Australia


Sur la route on s’arrêtera à Grafton, c’est à bonne distance et on connait le motel au bord de la rivière, il est relativement propre mais il a le mérite de ne pas être trop cher.

permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on December 21, 2010 from Grafton, Australia
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The Cattle Farm

Murrurundi, Australia


La route a été longue, la ville la plus proche de leur ferme est Tamworth, 90kms à l’ouest. On emprunte depuis Toowoomba la New England Highway, elle est en meilleur état que la Pacific Highway qui longe la côte. A 100km/h maximum on ne couvre pas beaucoup de distance en une journée. Après Armidale, on repasse devant la route de Kentucky et on frissonne. J’avais appelé Henry pour qu’il me donne des directions exactes mais il me dit de rejoindre Nundle et de le rappeler, « ma ferme est à 30km ». On conduit donc jusqu’à Nundle et on traverse les restes d’inondations qui ont eu lieu la semaine précédente.

On se trompe, on n’arrive pas à les joindre, on suit une route de terre tortueuse qui monte et descend une montagne, il est bientôt 16h00 et il commence à faire sombre. Des kangourous traversent la piste à chaque instant et la voiture chargée a bloc manque de s’engouffrer dans un ravin pentu à chaque virage. On fait 30 kilometres et on croise un propriétaire terrien dans son 4x4 qui a du se demander comment on était arrivés jusque-là, on s’arrête, on baisse nos vitres et il nous demande ou on va. Le nom que je lui donne ne lui dit rien et il me dit que si on continue sur cette route on va tomber sur un endroit qui ne nous dit rien à nous, alors on rebrousse chemin.
On met 2h aller-retour pour faire 60 kilomètres. On essaye de joindre Henry de retour à Nundle. Ca ne répond pas. A ce moment-là on se dit qu’on ferait peut être mieux de chercher un endroit où dormir ici à Nundle. On n’a pas de réseau, le seul motel est en face de la cabine téléphonique de ce hameau, je vais y jeter un œil mais la réception est fermée. On patiente et on les rappelle. Ca décroche. Il fallait prendre à droite, on était allé tout droit. Bon. 30 kilomètres de piste un peu plus praticable que celle qu’on venait de quitter. On arrive à destination, on traverse une rivière à gué qui creuse les montagnes couvertes d’herbe rase et d’eucalyptus qui nous entourent. Sur notre droite une écurie, à gauche, une maison bancale. On salue Henry qu’on connait déjà un peu. Il nous indique la maison bancale en nous disant que ce sera notre logement. L’intérieur est vieux et n’a jamais été entretenu. Ils ont apparemment vidé les lieux de tout ce qui y trainait en ayant entassé tout ça dans une pièce dont la fenêtre ne ferme pas car la maison qui s’enfonce dans le sol est tordue à cet endroit. Un peu plus haut, lui et sa copine habitent une vieille ferme spacieuse dont l’intérieur est plutôt moderne, chaude et non bancale, 4 chambres, 3 salles de bains.
Quand il avait dit « cottage », on s’attendait à quelque chose de vivable. Ce n’est pas le cas. Nous sommes atterrés. L’eau qui alimente le ‘’cottage’’ était pompée directement de la rivière et arrivait au robinet sans le moindre filtrage. Des bœufs font leur besoin dans cette eau plus haut dans la montagne !
On est crevé alors on essaye de trouver deux lits de même taille pour en faire un double. Impossible. Il fait froid.
Le lendemain, c’est lundi et c’est notre premier jour de travail. Je mets de l’huile dans la machinerie qui sert à peser le bétail, Cherryne repeint la facade d'une cabane, on pelte, on ratisse et on débroussaille. Henry n’a pas l’air de savoir comment nous faire travailler, pourtant il m’avait parlé de clôtures à abattre lorsqu’il nous avait proposé ce travail il y a deux mois déjà.

Le soir, on est tellement fatigués qu’on retournera se coucher dans cette maison bancale sans broncher. Hier soir ils nous avaient fait à manger mais ce soir ce sera una un plat de pâtes dans notre cottage. On n'a pas fait suffisamment de courses pour tenir une semaine, le prochain supermarché est à 85 kms dont 20kms de piste, Une heure et demi de route. Là encore, ils auraient pu être plus clairs.
Le lendemain, on verra quelques clôtures.
On est le 14 décembre, ce job n’est de toute façon supposé nous amener que jusqu’à Noel et après ça, on se le jure, on ne retournera plus jamais dans une ferme isolée. On fera de la cueillette ou de l’empaquetage, c’est ce qu’il y a de mieux à faire pour allier job payé et renouvellement de visa. Donc pour dix jours, on va être plus chiant qu’eux et en mode australien :
-Henry dis-moi, tu ne trouves pas que ce serait plus judicieux si tu nous payais $13/heure au lieu de $18 mais en contrepartie on mangerait avec vous.
De son côté Cherryne demande à la copine d’Henry s’il n’est pas possible qu’on dorme dans l’une de leurs chambres libres (salle de bain privative). Ca les gêne un peu, Henry me dit qu’a priori c’est faisable mais qu’il doit vérifier les taux horaires avec son père qui lui a acheté la ferme, et puis ils acceptent qu’on investisse une chambre.
Les taux horaires je les connaissais c’est Michael a Armidale qui m’avait fait un tableau détaillé pour me prouver que ma paye ne pouvait pas excéder $80 la première semaine.
Apparemment on en connait plus qu’Henry sur le management et on est bien content que nos hôtes soit aussi mal à l’aise que nous pour une fois. Filous !
Bon du coup l’ambiance est un peu bizarre, tout le monde se couche tôt ou du moins se retire dans sa chambre, chacune aussi grande que le salon. Ils ne sont pas méchants mais ils sont plus jeunes que nous et on le ressent un peu.
Un jour dans la semaine ils nous invitent à jouer au tennis. On est absolument pas équipés mais on accepte. Leur seule activité sociale dans ce trou paumé, à part le pub. On rencontre de vieux australiens sympathiques mais qui nous font ressentir qu’on est après tout que de simples backpackers. Alors je leur colle une raclée au service.

Le mercredi ils nous invitent à boire des coups à Scone avec quelques-uns de leurs amis, autre petite ville à 80kms de là. On refuse gentiment. Ils dorment au motel de la ville et on les revoit seulement le lendemain matin, 1h après le petit déjeuner.

La journée on travaille avec Henry, ou seuls, quand il réussit à exprimer des ordres clairs, on part en quad dans les paddocks avec Cherryne pour retirer des clôtures avalées par la végétation. 15 minutes de pseudo piste pour atteindre l’endroit désigné. On y croise du bétail enfermé dans des pâturages sur des milliers d’hectares dans les montagnes.
Le soir plus généralement on regarde la télé avant d’aller se coucher.

Vendredi après-midi, on ne travaillera pas, ils semblent fatigués, Henry nous informe que lundi sera notre dernière journée de travail, il dit qu’il n’a plus rien à nous faire faire. C’est faux, il ne nous veut plus ici parce qu’on habite chez lui et parce qu’il est incapable de nous donner le travail qui existe en masse dans cette énorme propriété. Ils nous invitent cependant à une sorte de fête de Noel le lendemain soir et nous demande si on veut venir à Scones au pub ce soir. Encore une fois on leur dit non merci.

Le samedi on ne les voit pas rentrer le matin alors on part faire des courses à 90kms de là. On ne sait pas où est le garde-manger ici. On achète un poulet et le soir quand ils nous demandent si on veut venir à leur petite boom, on leur dit que c’est gentil mais qu’on est fatigués. En plus il nous reste du poulet et on ne va pas le jeter, mais on ne leur rappelle pas que pour $13/heure c’est en pension complète.

Dimanche on les croise, Henry nous demande ce qu’on veut manger ce soir. Il nous dit qu’on pourrait aller chasser un lapin. OK.


On s’agrippe à l’arrière du 4x4 et on le regarde tuer deux lapins. Jessica les cuisinera, c’est un peu sec et on se demande si l’urine déversée sur la viande lors du dépeçage n’a pas contaminé notre repas.

Le lundi on s’affairera a des taches qu’Henry semble nous donner uniquement pour nous occuper.

Mardi on reprendra la route en direction de la côte à nouveau, Surfers Paradise pour y rejoindre les 4 français rencontrés a Bundaberg pour y passer Noel au chaud et en groupe.


permalink written by  Pef & Cherryne Oz trip on December 12, 2010 from Murrurundi, Australia
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